Au plus profond de toi-même, creuse une tombe ! Qu’elle soit comme ces lieux oubliés vers lesquels ne conduit aucun sentier ! Et là dans l’éternel silence, ensevelis le mal que l’on t’a fait ! Ton cœur sera libéré comme d’un fardeau. La paix divine y régnera.
NE PARLE PAS !
— Mets ton doigt sur tes lèvres, souffre et tais-toi ! Qui es-tu pour parler devant la Majesté sainte et terrible ?
— Je suis son enfant.
VASE ET POTIER
— « Le vase dira-t-il au potier : Pourquoi m’as-tu fait ainsi ? » (Ésaïe.)
L’Ami. — L’esprit de contestation est un des plus stériles parmi les stériles. Mais nous empêcher de parler, qui le pourra ? Lorsqu’on souffre, on a le droit de se plaindre, voire même de crier tout haut. Le silence même se transforme en cri. Quand elle ne peut plus ni implorer, ni crier, alors la douleur est vraiment éloquente. Ne te prive pas, vase infirme, de dire à ton créateur tout ce que tu ressens ! Sois d’une sincérité limpide ! Ne te trouve pas beau si tu es laid, heureux si tu es misérable ! N’approuve pas, pour plaire à plus grand que toi, ce que ta conscience réprouve ! Fais à ton Père l’honneur de ne pas le confondre avec ce riche dont parle le vieux Sirach : « Le riche commet des injustices et y ajoute l’impudence, le pauvre souffre et doit encore remercier. » Dis-lui ta peine. Dis-lui : Regarde comme je suis fait ! — Ton avis, plus que tu ne saurais penser, est partagé. Que toute infirmité soit guérie ; que les aveugles voient, que les sourds entendent, que les prisonniers soient libérés, que les méchants deviennent justes, et que les morts vivent ! Voilà le dessein caché qui s’élabore sous le mystère de notre vie. Si pauvre soit le vase, si magnifique le Potier, ils doivent être d’accord, non pour le maintien du statu quo, mais dans le souci du mieux.
DIS-MOI TA PEINE
Garde ton secret, pauvre cœur, tu n’as rien de plus précieux ! Que les regards profanes ne le souillent pas ! Mais pourquoi me cacher ce que je sais, ce qu’il te serait salutaire de me révéler ? Ta peine entière, produis-la ! Qu’en pleine lumière elle paraisse devant moi, et tu seras soulagé ! Je te connais, je t’ai sondé. Pour tout ce que tu souffres, je t’aime.