Recherchant l’équilibre et les grands horizons, il étouffe dans l’air confiné, abhorre l’esprit sectaire et déclare volontiers que si les chefs revenaient, par qui l’on jure et s’anathématise, aucun ne serait de sa propre secte.

Ce qui le caractérise surtout, c’est la Foi. Il croit à la fuite utile des jours, au but sublime que, sans pouvoir ni le définir ni l’embrasser, l’humanité souffrante et militante poursuit à travers sa laborieuse carrière. Il croit au mystère qui éclôt dans les fleurs, rayonne des étoiles, perce dans la conscience, sanglote dans nos larmes, vibre dans nos chants, sommeille dans les berceaux et se cache dans les tombes. Il croit à l’Esprit que nul mesure, à la chute lointaine du mal, au triomphe de l’amour, à la réparation des iniquités ; il croit au ciel, mais il croit à la terre ; il croit à l’homme parce qu’il croit à Dieu, éperdûment, non seulement au Dieu des majestueuses créations, des forces transcendantes, de l’inaccessible lumière, mais au Dieu qui besogne sous la bure humaine, tressaille de notre espérance, souffre de nos douleurs ; au Dieu qui a choisi comme devise ce cri magnifique de Térence : « Je suis homme, et rien d’humain ne m’est étranger. »

Et certes, ce que l’Ami possède de meilleur lui vient du Fils de l’homme.

Hélas ! je désespère de jamais exprimer l’esprit qui l’anime. Mais j’ai dû, sous peine de félonie, m’efforcer de bégayer après lui quelques-unes des choses qu’il m’a dites. Fragmentaires, remplies de lacunes, si ces pages pouvaient, par endroits, renfermer des parcelles de vraie vie, des miettes du pain fortifiant dont l’âme se nourrit ! Si quelques-uns me devaient d’être moins grands pour les petits, moins captifs dans leurs affirmations étroites ou leurs négations bornées, moins suffisants et moins pusillanimes, moins tristes dans leurs deuils, plus heureux dans leur travail d’avenir, plus confiants dans nos semailles obscures et douloureuses, quel fruit précieux d’un labeur qui déjà porte tant de douceur en lui-même !

La Commanderie, ce 25 juillet 1902,

jour de Saint-Christophore.

SOUVENIR

JE PENSE A TOI

Cher enfant, je te parle du sein d’un monde périssable ; tu m’écoutes du monde où la mort n’est plus. En Dieu, nous sommes près l’un de l’autre. — Voici trois ans que nous vivions seuls à l’altitude et qu’après cinq mois de souffrance tu t’es un soir endormi dans nos bras. Dieu seul sait ce que, depuis lors, ta pauvre mère a souffert. De moi, je ne dis rien.

Je veux que ton souvenir demeure attaché à ce livre, commencé pendant ta maladie, et qui t’est dédié. Peut-être ces pages apporteront-elles un peu de sympathie fraternelle et d’appui moral à d’autres que le deuil éprouve.