Mais si l’homme, à force de peiner pour mieux savoir, devait arriver à constater qu’il a désappris ce qu’il savait, ce serait une perte irréparable, et il aurait lieu de regretter la sécurité de l’enfant. Apprenons, faisons usage de nos lumières ; mais ne tuons pas l’enfant en nous, c’est-à-dire l’être confiant, primesautier, sincère, dont la vie d’une richesse infinie est alimentée par l’obscur contact avec la Source !
« A force de sagesse ils sont devenus fous ! » Les âmes simples et droites reçoivent cette impression devant les hommes à culture raffinée, alambiquée, factice. Pour ces artificiels, les choses claires sont devenues obscures. Légistes qui à force de science légale ne voient plus la justice ; théologiens embroussaillés ayant desséché le divin dans l’herbier de leurs subtilités ; philosophes enlisés dans le scepticisme et finissant par se demander s’ils existent ; moralistes ayant perdu la boussole, au point de ne plus distinguer la droite d’avec la gauche. Devant ces phénomènes d’aberration humaine, la vérité de la parole de Jésus reprend tous ses droits. C’est pour ces cas qu’elle a été dite.
Ce sont les âmes simples qui voient le plus clair dans le carrefour obscur où nous sommes. Le bon sens dans le raisonnement, la droiture dans la vie, la véritable éloquence, la plus haute puissance de l’art, le secret même du génie sont dans la simplicité. Et l’on peut affirmer que la simplicité suprême est celle des âmes à grande envergure qui ont beaucoup cherché, pensé, lutté, et ont su rester enfants, redevenir enfants, joindre aux conquêtes de l’homme le patrimoine de fraîcheur, de naïveté, de douce bonne foi qui fait le charme de l’enfant. Comparés à eux, les sages de ce monde ne sont que des déracinés.
NE DIS PAS
L’Ami. — Ne dis pas : Que peut une parole ?
Il faut si peu pour secourir une âme.
Ne dis pas : Ce n’est qu’une parole.
Il faut si peu pour froisser une âme.
Pour empêcher le char de descendre la pente, pour faire buter le char qui monte, il suffit d’un caillou.