Peser sur les consciences, est de pratique courante. Chacun fait intervenir les mobiles qui lui paraissent qualifiés pour provoquer une détermination. Les parents pèsent sur leurs enfants. Ils remplacent la juste autorité par l’abus de leur privilège d’aînesse. Ils déforment le caractère et la volonté de leur propre chair.
Les Églises font de même. Partout l’âme est sacrifiée à l’alignement. L’Écriture a dit : « Tu ne passeras pas le rasoir sur la tête de mes prophètes ! » Ce sont ces têtes-là qu’on rase le plus. Bien mieux : on les supprime.
Ne contraignons personne, n’endoctrinons personne ! C’est un abus immoral de peser sur les esprits. Faisons de la lumière, simplement ! Éclairons la vie par cette clarté que propage l’amour vrai ! Ainsi notre influence sera libératrice, vivifiante, créatrice d’activité nouvelle et de conviction personnelle. Nous n’éteindrons pas l’esprit. Nous enfanterons des âmes à la vie supérieure, au lieu de transformer quelques semblables en automates, et quelques germes d’âmes en momies.
LA BIBLE ET LA CRITIQUE
L’Ami. — On fait à plaisir une mauvaise réputation à ces deux puissances.
La Bible prétendrait à des privilèges. La critique aurait à son égard des intentions malicieuses.
Faux bruits, fumées que tout cela ! Mettons les choses au point !
La Bible est. La critique s’emploie à la reconnaître en elle-même et par elle-même, non sur la foi de tierces personnes. Il faut très simplement penser que la Bible doit gagner à être connue telle qu’elle est. Cela peut mettre d’accord tous les esprits droits et qui n’ont point d’intérêt « à côté ».
— Je suis entièrement de ton avis. Mais j’en ai un autre encore que je ne me laisserai pas prendre. Les questions d’authenticité sont fort intéressantes. Toutefois, avant qu’elles soient résolues, il coulera bien de l’eau sous les ponts. Alors, après m’y être appliqué de mon mieux et selon le devoir strict, je reprends ma vieille Bible, et je lui dis : Telle quelle, je t’aime, toi qui pleures de toutes nos larmes et chantes de toutes nos joies. Il m’est doux de te relire comme te lirait un ignorant, grande de ton anonymat et de ton éternité. Tes auteurs et tes actes de naissance me sont indifférents. L’âme humaine t’a enfantée, dans sa douleur comme dans son espérance. Tu donnes la mesure de sa misère et de sa noblesse. Et j’aime en toi tous ceux qui ont bu à tes sources, reposé sous tes abris, posé sur toi leur tête pour le dernier sommeil.