Il faut que l’œuf soit couvé, pour éclore. Aimé, réchauffé dans nos cœurs, l’avenir plus beau, lentement prend figure. Un jour, la coque pesante, la prison où le retiennent ses ennemis coalisés, se rompt sous la poussée vivante, et l’idéal déploie ses ailes en pleine réalité.

HAUTE ÉGLISE

L’Ami. — Vers la sainte Église, une, universelle, toutes les autres devraient être des voies ouvertes, amenant du Nord et du Midi, de l’Orient et de l’Occident, à travers les diversités de la vie et des pensées, les fragments d’humanité à l’humanité intégrale. Vestibules visibles d’un invisible sanctuaire, visant toujours plus haut qu’elles-mêmes, et plus loin, ainsi m’apparaissent dans leur beauté, humbles mais collaboratrices d’un dessein grandiose, les Églises.

Pratiquement, elles sont de vieilles et respectables raisons sociales, cultivant, sous des formes différentes et en concurrence, la religion mise en formules. Elles enferment leurs adeptes dans le vestibule, et la porte est murée qui devrait conduire au sanctuaire supérieur. Abaissement regrettable !

Mais voici qui l’est plus encore. Les Églises constituent des milieux conservateurs bien clos, où se pratique, par la concentration de toutes les peurs, l’obstruction à tous les progrès.

Le bien très réel, accompli dans ces milieux, est neutralisé par leurs mutuelles rivalités. L’esprit d’étroitesse s’y installe à la longue, presque fatalement. La pratique est si loin de l’idéal, qu’elle en est à peu près la négation. De fait, les Églises comptent parmi les principaux agents de division entre les hommes. Il n’y a pas d’obstacles plus décidés sur le chemin qui conduit à l’universelle fraternité.

— D’une semblable réalité comment passer à l’idéal ?

L’Ami. — Ce sera long, car le mal est chronique, et il se considère comme le plus grand des biens. Il n’y a qu’un remède : la douleur des croyants, pacifiques et fraternels. Rien n’est ingénieux comme la souffrance. Je vais te signaler un moyen qu’elle m’a suggéré.

Tu sais quel âpre combat les êtres se livrent entre eux pour le pain. C’est une de leurs principales causes de conflits. Qu’ont-ils trouvé de plus significatif dans le but de symboliser une autre mentalité que celle du féroce acharnement autour du pain ? Ils ont trouvé l’hospitalité. L’hospitalité consiste à dire pendant une heure à son semblable : Ma maison est ta maison, ma table ta table, mon pain ton pain. L’hospitalité nous apparaît donc au milieu du conflit sauvage des appétits comme une pierre d’attente d’une société meilleure, pacifiée dans l’entente et le mutuel dévouement.

Il y a là une indication à noter. Les Églises devraient faire ce que font les particuliers : exercer l’hospitalité mutuelle, large, généreuse, bienveillante, telle qu’elle s’exerce à certains foyers bienfaisants où l’hôte, même d’un jour, se sent chez soi, parce que accueilli, compris, aimé.