Nous avons ensuite la Foi du charbonnier, qui accepte sur parole et sans contrôle. Tout le monde ne peut s’y résigner.

On confond encore la foi et la croyance : erreur parfois dangereuse. La croyance est l’enveloppe intellectuelle de la Foi.

Par un procédé légitime et conforme à nos besoins, la foi, d’âge en âge, enfante la croyance. Secrète en elle-même, incommunicable en son essence, la foi se manifeste et se répand dans le monde par le symbole. Toute croyance est un symbole. Sa valeur dépend de la vigueur avec laquelle elle exprime, nourrit, provoque la foi.

Mais si elle est indispensable, la croyance est modifiable. Les croyances passent, la Foi demeure.

C’est un grand malheur, quand la croyance, cristallisée, perd la souplesse qui lui permet de traduire la foi, conformément à la mentalité changeante des époques successives. Son office est de parler la langue de chacun, se faisant tout à tous, afin de faire vibrer à travers les voix éphémères des générations « un son d’éternité ». Mais le plus grand malheur arrive là où la croyance demeure quand la foi s’est enfuie. Alors c’est le mensonge déconcertant installé en plein sanctuaire. La croyance morte tue la foi et l’empêche de renaître.

CROIRE ET SAVOIR

L’Ami. — Un très ancien conflit se remarque et se continue entre ce qu’on appelle le savoir positif et la Foi. Ce conflit est sorti de l’abus invétéré que certains font de la Foi, lorsqu’ils l’érigent en science de l’inconnaissable. Alors la connaissance qui repose sur l’observation se dresse devant celle qui sait ce qu’elle n’a pas appris et ce que l’on ne peut expérimenter.

Un semblable conflit est inévitable et fait tort à la Foi autant qu’au savoir positif. Il est d’un intérêt capital pour l’humanité que toutes ses aptitudes soient respectées dans leur rôle. Elle a besoin de toute sa clairvoyance pratique et de toute sa puissance d’intuition.

Si la Foi est une science à exposer en paragraphes, où s’expliquent et s’exposent, par le menu, les secrets rouages des choses, son travail est en concurrence illégitime avec celui de la raison expérimentale, et l’Univers qu’elle bâtit est à la merci de tous les accidents. Une découverte nouvelle peut bouleverser l’édifice.

Si la science positive prétend, à elle seule, fournir aux âmes le pain de vie, elle risque de tarir les sources où nous puisons la sève spirituelle, et pour la perte desquelles elle ne saurait offrir de compensation.