SI TU PENSES A DIEU
L’Ami. — Si tu penses à Dieu, ne t’inquiète pas de ton horizon borné, du miroir imparfait où ton âme le reflète ! Dis-toi surtout qu’il est la grande puissance favorable, et ne pense à lui que d’une âme rassurée ! Car il n’est terrible qu’au méchant, ou plutôt au mal qui est dans le méchant. Et sa haine même du mal n’est que de l’amour pour le méchant. Aimer l’ennemi est un amour que l’homme essaie, mais que Dieu pratique. S’il haïssait quelqu’un de ses enfants, il se haïrait lui-même.
RECHERCHE DE DIEU
L’Ami. — La Recherche de Dieu est le mouvement de l’Ame vers sa source et vers l’ensemble.
Tous les êtres se nourrissent de la substance universelle et lui empruntent de quoi vivre. L’âme vit d’une nourriture intérieure qui, sous plusieurs formes, n’est que l’essence éternelle et spirituelle, pénétrant, soutenant les êtres particuliers. Être coupé de sa source, c’est le grand malheur.
Heureusement il y a des formes sans nombre, conscientes et inconscientes, par lesquelles l’homme parvient à se ravitailler. Si l’on pouvait discerner, au fond de chacun, la fonction nutritive et les procédés qu’elle emploie, on s’apercevrait qu’à travers les plus étranges aberrations de la conduite, les superstitions les plus grossières, les pratiques les plus incohérentes, nos âmes, après tout, cherchent la Source de Vie.
Comme les corps, en tombant, cherchent le centre de la terre, comme la plante encavée cherche la clarté du jour, comme l’hirondelle cherche le midi, et l’aiguille aimantée le nord, la créature cherche Dieu, par essence, invinciblement. Cette tendance se confond avec la volonté même de vivre. Aspirer à la plénitude, à l’union, à l’harmonie, du sein de la misère, de l’isolement, des ténèbres, c’est la résultante profonde à laquelle se réduisent, en définitive, tant d’agitations et d’efforts où se dépense la vie.
PESSIMISME
L’Ami. — Tout pessimisme de la pensée et un signe de rupture du lien essentiel. L’homme devient pessimiste, quand il a perdu contact avec les forces vives qui portent le monde.