«N'est-ce pas, monsieur, qu'il y a un cadeau pour Mlle Eyre dans votre petit coffre?
— Qui parle de cadeau? dit-il d'un air refrogné; vous attendiez- vous à un présent, mademoiselle Eyre? Aimez-vous les présents?»
Et il examinait mon visage avec des yeux qui me parurent sombres, irrités et perçants.
«Je ne sais, monsieur, je ne puis guère en parler par expérience; un cadeau passe généralement pour une chose agréable.
— Généralement; mais vous, qu'en pensez-vous?
— Je serais obligée d'y réfléchir quelque temps, monsieur, avant de vous donner une réponse satisfaisante. Un présent a bien des aspects, et il faut les considérer tous avant d'avoir une opinion.
— Mademoiselle Eyre, vous n'êtes pas aussi naïve qu'Adèle; dès qu'elle me voit, elle demande un cadeau à grands cris; vous, vous battez les buissons.
— C'est que j'ai moins confiance qu'Adèle dans mes droits; elle peut invoquer le privilège d'une vieille connaissance et de l'habitude, car elle m'a dit que de tout temps vous lui aviez donné des jouets; quant à moi, je serais bien embarrassée de me trouver un titre, puisque je suis étrangère et que je n'ai rien fait qui mérite une marque de reconnaissance.
— Oh ne faites pas la modeste; j'ai examiné Adèle, et j'ai vu que vous vous êtes donné beaucoup de peine avec elle; elle n'a pas de grandes dispositions, et en peu de temps vous l'avez singulièrement améliorée.
— Monsieur, vous m'avez donné mon cadeau, et je vous en remercie. La récompense la plus enviée de l'instituteur, c'est de voir louer les progrès de son élève.