— Non, mais la nuit reviendra avant peu, et d'ailleurs je suis malheureuse pour d'autres raisons.
— Quelles autres raisons? Dites-m'en quelques-unes.»
Combien j'aurais désiré pouvoir répondre entièrement à cette question! mais combien c'était difficile pour moi! Les enfants sentent, mais n'analysent pas leurs sensations, et, s'ils parviennent à faire cette analyse dans leur pensée, ils ne peuvent pas la traduire par des paroles. Craignant cependant de perdre cette première et peut-être unique occasion d'adoucir ma tristesse en l'épanchant, je fis, après un instant de trouble, cette réponse courte, mais vraie.
«D'abord, je n'ai ni père, ni mère, ni frère, ni soeur.
— Mais vous avez une tante et des cousins qui sont bons pour vous.»
Je m'arrêtai encore un instant; puis je répondis simplement:
«C'est John Reed qui m'a frappée, et c'est ma tante qui m'a enfermée dans la chambre rouge.»
M. Loyd prit sa tabatière une seconde fois.
«Ne trouvez-vous pas le château de Gateshead bien beau? me demanda-t-il; n'êtes-vous pas bien reconnaissante de pouvoir demeurer dans une telle habitation?
— Ce n'est pas ma maison, monsieur, et Mlle Abbot dit que j'ai moins de droits ici qu'une servante.