— Jane, une fois déjà vous m'avez offert votre épaule; donnez-la- moi aujourd'hui encore.

— Oui, monsieur, et mon bras aussi.»

Il s'assit et me fit asseoir à côté de lui; il prit ma main dans les siennes et la caressa en me regardant; son regard était triste et troublé.

«Ma petite amie, dit-il, je voudrais être seul avec vous dans une île bien tranquille, où il n'y aurait plus ni trouble, ni danger, ni souvenirs hideux.

— Puis-je vous aider, monsieur? je donnerais ma vie pour vous servir.

— Jane, si j'ai besoin de vous, ce sera vers vous que j'irai. Je vous le promets.

— Merci, monsieur; dites-moi ce qu'il y a à faire, et j'essayerai du moins.

— Eh bien, Jane, allez me chercher un verre de vin dans la salle à manger. On doit être à souper; vous me direz si Mason est avec les autres et ce qu'il fait.

J'y allai et je trouvai tout le monde réuni dans la salle à manger pour le souper, ainsi que me l'avait annoncé M. Rochester. Mais personne ne s'était mis à table; le souper avait été arrangé sur le buffet, les invités avaient pris ce qu'ils voulaient et s'étaient réunis en groupe, portant leurs assiettes et leurs verres dans leurs mains. Tout le monde riait; la conversation était générale et animée. M. Mason, assis près du feu, causait avec le colonel et Mme Dent; il semblait aussi gai que les autres. Je remplis un verre de vin; Mlle Ingram me regarda d'un air sévère; elle pensait probablement que j'étais bien audacieuse de prendre cette liberté; je retournai ensuite dans la bibliothèque.

L'extrême pâleur de M. Rochester avait disparu; il avait l'air triste, mais ferme; il prit le verre de mes mains et s'écria: