— Dois-je partir, monsieur?'demandai-je; dois-je quitter
Thornfield?
— Je crois que oui, Jane; j'en suis fâché, mais je crois qu'il le faudra.»
C'était un rude coup; mais je ne me laissai pas abattre.
«Eh bien, monsieur, je serai prête quand viendra l'ordre de marcher.
— Il est venu maintenant; je suis forcé de le donner ce soir.
— Alors, vous allez vous marier, monsieur?
— Précisément, exactement; avec votre pénétration ordinaire, vous avez deviné juste.
— Et sera-ce bientôt, monsieur?
— Oh! oui, ma… c'est-à-dire mademoiselle Eyre; vous vous rappelez bien, Jane, la première fois où, grâce soit à moi, soit à la rumeur publique, vous avez compris que j'avais l'intention, moi, vieux célibataire, d'accepter des liens sacrés, d'entrer dans le saint état de mariage, en un mot, de presser Mlle Ingram sur mon coeur (mes deux bras y suffiront à peine; mais, après tout, d'une si belle créature on ne saurait trop prendre); eh bien, comme je le disais… Mais écoutez-moi donc, Jane; ne tournez pas la tête; ne cherchez pas d'autres scarabées: celui que vous avez vu était quelque enfant qui venait de déserter sa demeure. Je voulais seulement vous rappeler que vous avez été la première à me dire, avec cette discrétion que je respecte en vous, cette prévoyance, cette prudence et cette humilité qui conviennent à votre position, que, dans le cas où j'épouserais Mlle Ingram, vous et la petite Adèle feriez mieux de vous retirer. Je ne parle pas du blâme implicite jeté sur ma bien-aimée par cet avis, et même je tâcherai de l'oublier lorsque vous serez loin d'ici, Jane; je ne me souviendrai que de la sagesse d'un conseil que j'ai voulu suivre: il faut qu'Adèle aille en pension, et vous, mademoiselle Eyre, il faut changer de place.
— Oui, monsieur, je vais faire insérer ma demande tout de suite dans les journaux. En attendant, je suppose…»