«Oh! Jane! s'écria-t-il avec un ton de douloureuse angoisse, oh!
Jane, mon espérance, mon amour, ma vie!»
Et alors j'entendis sortir de sa poitrine un profond sanglot.
J'avais déjà gagné la porte, mais je revins sur mes pas, aussi résolue que lorsque je m'étais retirée. Je m'agenouillai près de lui; je soulevai son visage et le dirigeai de mon côté, j'embrassai sa joue et je lissai ses cheveux avec ma main.
— Dieu vous bénisse, mon cher maître! m'écriai-je; Dieu vous garde de la souffrance et du mal! puisse-t-il vous diriger, vous consoler, et vous récompenser de vos bontés passées pour moi!
— L'amour de ma petite Jane aurait été ma meilleure récompense, répondit-il; si je ne l'obtiens pas, mon coeur est à jamais brisé; mais Jane me donnera son amour; elle me le donne noblement, généreusement.»
Le sang lui monta au visage, ses yeux brillèrent; il se leva et étendit les bras: mais j'échappai à son étreinte et je quittai subitement la chambre.
«Adieu!» cria mon coeur, lorsque je m'éloignai. — «Adieu, pour toujours!» ajouta le désespoir.
…………………
Cette nuit-là, je ne pensais pas dormir; cependant, à peine fus-je étendue, qu'un lourd sommeil s'appesantit sur moi. Je fus transportée en songe aux scènes de mon enfance; je rêvai que j'étais dans la chambre rouge de Gateshead, que la nuit était sombre et mon esprit en proie à une étrange terreur; il me sembla que la petite lumière qui, il y avait bien des années, m'avait fait évanouir de peur, après avoir glissé le long de la muraille, venait trembloter au milieu du sombre plafond. Je levai la tête pour regarder; le plafond se changea en des nuages noirs et élevés, la petite lumière en une de ces vapeurs rougeâtres qui entourent la lune. J'attendis le lever de la lune avec une singulière impatience, comme si ma destinée eût été écrite sur son disque rouge; elle se précipita hors des nuages comme elle ne l'a jamais fait. J'aperçus d'abord une main qui sortait des noirs plis du ciel et qui écartait les nuées; puis je vis, au lieu de la lune, une ombre blanche se dessinant sur un fond d'azur, et inclinant son noble front vers la terre. L'ombre ne pouvait se lasser de me regarder; enfin elle parla à mon esprit; malgré la distance immense, les sons m'arrivaient clairs et distincts, et j'entendis l'ombre murmurer à mon coeur:
«Ma fille, fuis la tentation.