— Oui, je vous l'ai déjà dit; montrez-moi ce que je dois faire ou comment je dois me procurer de l'ouvrage: c'est tout ce que je vous demande. Envoyez-moi, s'il le faut, dans la plus humble ferme; mais, jusque-là, permettez-moi de rester ici; car j'aurais bien peur s'il fallait recommencer à lutter contre les souffrances d'une vie vagabonde.
— Certainement vous resterez ici, me dit Diana en posant sa main blanche sur ma tête.
— Oh! oui» répéta Marie avec la sincérité peu expansive qui lui était naturelle.
— Vous le voyez, me dit Saint-John; mes soeurs ont du plaisir à vous garder, comme elles auraient du plaisir à garder et à soigner un oiseau à demi gelé, qu'un vent d'hiver aurait poussé vers leur demeure. Quant à moi, je me sens plutôt disposé à vous mettre en état de vous suffire à vous-même. Je ferai mes efforts pour atteindre ce but; mais ma sphère est étroite: je ne suis qu'un pauvre pasteur de campagne; mon secours sera des plus humbles, et si vous dédaignez les petites choses, cherchez un protecteur plus puissant que moi.
— Elle vous a déjà dit qu'elle voulait bien faire tout ce qui était honnête et en son pouvoir, répondit Diana; et vous savez, Saint-John, qu'elle ne peut pas choisir son protecteur; elle est bien forcée de vous accepter, malgré votre esprit pointilleux.
— Je serai couturière, lingère, domestique, bonne d'enfants même, si je ne puis rien trouver de mieux, répondis-je.
— C'est bien, dit Saint-John. Si telles sont vos dispositions, je vous promets de vous aider dans mon temps et à ma manière.»
Il reprit alors le livre qu'il lisait avant le thé; je me retirai bientôt, car j'étais restée debout, et j'avais parlé autant que mes forces me le permettaient.
CHAPITRE XXX
Plus je connus les habitants de Moor-House, plus je les aimai. Au bout de peu de temps, je fus assez bien pour rester levée toute la journée et me promener quelquefois; je pouvais prendre part aux occupations de Diana et de Marie, causer avec elles autant qu'elles le désiraient, et les aider quand elles me le permettaient. Il y avait pour moi dans ce genre de relations une grande jouissance que je goûtais pour la première fois, jouissance provenant d'une parfaite similitude dans les goûts, les sentiments et les principes.