— Enfant, que voulez-vous dire? Pourquoi fixer sur moi un regard si triste? Eh bien! vous saurez que monsieur, madame et mesdemoiselles sont allés prendre le thé chez une de leurs connaissances; quant à vous, vous le prendrez avec moi; je demanderai à la cuisinière de vous faire un petit gâteau, et ensuite vous m'aiderez à visiter vos tiroirs, parce qu'il faudra bientôt que je fasse votre malle. Madame veut que vous quittiez Gateshead dans un jour ou deux; vous choisirez ceux de vos vêtements que vous voulez emporter.

— Bessie, dis-je, promettez-moi de ne plus me gronder jusqu'à mon départ.

— Eh bien, oui; mais soyez une bonne fille et n'ayez pas peur de moi. Ne reculez pas quand je parle un peu haut, car c'est là ce qui m'irrite le plus.

— Je ne crois pas avoir jamais peur de vous maintenant, Bessie, parce que je suis habituée à vos manières; mais j'aurai bientôt de nouvelles personnes à craindre.

— Si vous les craignez, elles vous détesteront.

— Comme vous, Bessie?

— Je ne vous déteste pas, mademoiselle; je crois vous aimer encore plus que les autres.

— Vous ne me le montrez pas.

— Intraitable petite fille, voilà une nouvelle façon de parler; qui donc vous a rendue si hardie?

— Bientôt je serai loin de vous, Bessie, et d'ailleurs…»