— Que voulez-vous dire?

— Il n'est pas nécessaire que je m'explique; mais il y a une chose sur laquelle j'ai depuis longtemps des doutes douloureux, et je ne puis aller nulle part avant d'avoir éclairci ces doutes.

— Je sais vers quel objet se tournent vos yeux et à quoi s'attache votre coeur. La chose qui vous préoccupe est illégale et impie; il y a longtemps que vous auriez dû réprimer ce sentiment, et maintenant vous devriez rougir d'y faire allusion. Vous pensez à M. Rochester.»

C'était vrai, et je le confessai par mon silence.

«Eh bien! continua Saint-John, allez-vous donc vous mettre à la recherche de M. Rochester?

— Il faut que je sache ce qu'il est devenu.

— Alors, reprit-il, il ne me reste qu'à me souvenir de vous dans mes prières et à supplier Dieu du fond de mon coeur qu'il ne fasse pas de vous une réprouvée. J'avais cru reconnaître en vous une élue; mais Dieu ne voit pas comme les hommes: que sa volonté soit faite.»

Il ouvrit la porte, sortit et descendit dans la vallée. Je ne le vis bientôt plus.

En rentrant dans le salon, je trouvai Diana debout devant la fenêtre; elle semblait pensive. Diana, qui était bien plus grande que moi, posa sa main sur mon épaule et examina mon visage.

«Jane, me dit-elle, vous êtes toujours pâle et agitée maintenant; je suis sûre que vous avez quelque chose. Dites-moi ce qui se passe entre vous et Saint-John; je viens de vous regarder par la fenêtre pendant une demi-heure environ. Pardonnez-moi ce rôle d'espion, mais depuis longtemps déjà je ne sais ce que je me suis imaginé; Saint-John est si extraordinaire!» Elle s'arrêta; je ne dis rien; elle reprit bientôt: «Je suis sûre que mon frère a quelque intention par rapport à vous; pendant longtemps il vous a témoigné un intérêt dont il n'avait jamais favorisé personne. Dans quel but? Je voudrais qu'il vous aimât. Vous aime-t-il, Jane? Dites-le-moi.»