— Allez-vous quelque part, Hélène? retournez-vous dans votre demeure?

— Oui, dans ma dernière, dans mon éternelle demeure.

— Oh non, Hélène!»

Je m'arrêtai émue. Pendant que je cherchais à dévorer mes larmes, Hélène fut prise d'un accès de toux, et pourtant la garde ne s'éveilla pas. L'accès fini, Hélène resta quelques minutes épuisée; puis elle murmura:

«Jane, vos petits pieds sont nus; venez coucher avec moi, et cachez-vous sous ma couverture.»

J'obéis; elle passa son bras autour de moi et m'attira tout près d'elle. Après un long silence elle me dit, toujours très bas:

«Je suis très heureuse, Jane. Quand on vous dira que je suis morte, croyez-le et ne vous affligez pas; il n'y a là rien de triste: nous devons tous mourir un jour, et la maladie qui m'enlève à la terre n'est point douloureuse, elle est douce et lente; mon esprit est en repos; personne ici-bas ne me regrettera beaucoup. Je n'ai que mon père; il s'est remarié dernièrement, et ma mort ne sera pas un grand vide pour lui. En mourant jeune, j'échappe à de grandes souffrances; je n'ai pas les qualités et les talents nécessaires pour me frayer aisément une route dans le monde, et j'aurais failli sans cesse.

— Mais où allez-vous, Hélène? Pouvez-vous le voir? le savez-vous?

— J'ai la foi, et je crois que je vais vers Dieu.

— Où est Dieu? Qu'est-ce que Dieu?