»Je le jure, mon père, répondit Victoria, d'un ton solennel.

»O! mon dieu!... je ... je te remercie ... je te rends grâce ... embrasse-moi, Victo ... ria ... ma ... ta main, Laurina ... je te ... pardonne ... ô! mon créateur ... je meurs content!

Ainsi périt dans la force de l'âge, le noble Lorédani, victime de l'ingratitude d'un ami, et de la corruption d'une femme!


[1] Cicéron.


[CHAPITRE IV.]

Nous avons dit qu'après la funeste rencontre du marquis avec Adolphe, celui-ci se sauva prudemment du lieu de la scène; il arriva chez lui sans être vu. Alors, sans perdre un moment, il courut louer, sous un nom supposé, une petite maison à quelque distance de Venise, pour le tems qu'il avait encore à rester sur le territoire; il espérait, par ce moyen, éluder les poursuites qu'on ne manquerait pas de faire contre lui, pour le meurtre de Lorédani. En rentrant, il trouva Laurina qui l'attendait avec impatience. Son air la frappa; elle lui prit tendrement la main (car tel était l'empire que le traître avait acquis sur le cœur de cette femme), et lui demanda à quoi elle devait attribuer l'altération de ses regards.

Adolphe pressa cette main, et la regardant fermement, lui dit: Laurina, je viens de commettre une action que mon cœur désavoue, mais à laquelle la nécessité m'a forcé. «Avant que je vous en apprenne davantage, dites-moi que vous ne me haïrez pas pour ce que j'ai fait involontairement.

»Vous haïr, s'écria-t-elle, oh! Adolphe, je ne le pourrais jamais, eussiez-vous commis un meurtre.