Ils arrivèrent de cette manière à l'endroit le plus ouvert de la forêt, et Zofloya observa qu'il était prudent de se séparer avant que d'être en vue au château. Victoria sentit l'à-propos de l'observation, et alla droit à la petite porte qui donnait près d'une voûte, conduisant au pied de son escalier, tandis que Zofloya tourna ses pas d'un autre côté.
[CHAPITRE XI.]
Henriquez s'éveilla, après s'être entretenu toute la nuit dans ses songes, de l'aimable créature qu'il comptait bien voir aussitôt son lever. Lilla avait pour habitude de se promener le matin, à l'entrée du bois, dans un endroit très-ouvert et garni de petits buissons d'arbustes de toute espèce. Elle venait là prendre le frais, et y trouvait son ami, ayant un livre à la main, en attendant son arrivée.
Cette fois il l'attendit plus long-tems que de coutume; il marcha avec patience pendant environ une heure, s'imaginant que l'indisposition qu'avait sentie la jeune personne la veille, la retenait un peu plus tard au lit. Cependant la matinée s'avançait, et il devenait improbable que Lilla fût encore couchée; c'est pourquoi il retourna sur ses pas, pour en demander des nouvelles. Il fit venir sa femme de chambre pour savoir si sa maîtresse dormait encore, et alors l'avertir de l'heure qu'il était. Mais de quelle alarme ne fut-il pas saisi, quand cette fille vint lui dire que la jeune signora n'était pas dans sa chambre; que cependant ses vêtemens y étaient, et à la même place où elle les avait posés la veille!
Henriquez, naturellement impétueux, ne fit aucune remarque, mais s'élançant de son siége, il vola à l'appartement de son amie, où, ne la trouvant pas, il en sortit pour courir comme un insensé dans toutes les parties du château, et ... inutilement! Livré à la plus mortelle, inquiétude, et trouvant la porte de la chambre de Victoria ouverte, il y entra brusquement, pour lui demander avec volubilité où était sa Lilla?
La femme artificieuse s'attendait à cette scène. Elle feignit d'être réveillée en sursaut par la bruyante entrée d'Henriquez. Celui-ci s'embarrassant fort peu de l'effet qu'elle produisait, et sachant à peine ce qu'il faisait, courut vers le lit, et prenant sa belle-soeur par le bras, il lui demanda, d'une voix troublée, où était sa bien-aimée. « Madame, ma Lilla est enlevée... Ah! de grâce, dites, dites-moi si vous savez où on l'a conduite.»
«Lilla enlevée! c'est impossible, signor.... Comment voulez-vous que cela soit?... Cependant à votre air on en croirait quelque chose ... mais je ne puis vous rien dire, absolument rien là-dessus.»
«Oh! mon dieu, mon dieu! si je ne retrouve pas mon amie, je suis perdu.... Où est-elle? où est-elle?
«Signor Henriquez, veuillez vous éloigner un moment, que je puisse m'habiller, et je vous assure que nous chercherons aussitôt votre petite amie ... mais calmez-vous, je vous supplie, et croyez que la belle enfant ne peut être loin.»