«Eh que vais-je donc devenir, dit-elle très-haut, en pensant bien que personne n'était à portée de l'entendre. Comment satisfaire ma funeste passion? tout ce que j'ai fait jusqu'ici n'aura-t-il été que peines perdues; et l'objet de mes souhaits, ce but si ardemment désiré m'échapperait-il?... non, non, cela ne sera pas. Pour l'obtenir, je sacrifierais jusqu'à mon salut éternel ... car, je ne puis exister avec sa privation. Ce monde m'est devenu un purgatoire affreux ... ah, Zofloya, pourquoi ne viens-tu pas me seconder de tes avis? surement tu ne peux m'oublier en ce moment, où j'ai le plus besoin de toi ... mais, peut-être n'as-tu plus de moyens à m'offrir....»
Comme elle prononçait ces mots, une douce vibration frappa ses oreilles. Elle écoutait, et ne concevait pas ce qui pouvait rendre des sons si harmonieux. Elle crut reconnaître quelque chose de Zofloya; mais les sons cessèrent, et Zofloya ne parut pas. L'humeur lui fit quitter la place. Elle allait sortir de la forêt avec promptitude, lorsqu'il s'offrit soudain devant elle. «C'est vous; Maure, ah! tant mieux, car je m'impatientais de ne pas vous voir. Mais, pourquoi ne vous ai-je pas rencontré d'abord?»
«Je vous suis depuis quelques minutes, Signora.»
«Eh, que ne parliez-vous?»
«Je vous ai déjà observé que je mettais mes délices à me voir appelé.»
«Mais, pourquoi cette fantaisie?»
«Vous écoutiez quelques sons qui se perdaient dans les airs, et je n'ai pas voulu vous interrompre. A présent, dites-moi, Victoria, comment vont vos amours.»
«Au plus mal; et je crains bien, malheureuse que je suis, de n'en voir jamais la réussite. Henriquez me hait de plus en plus. Ce soir, il vient de me repousser et de me fuir.»
«Et son excuse pour tenir rigueur à la plus aimable de son sexe?»
«Le souvenir imbécile qu'il conserve de sa Lilla. Encore a-t-il ajouté de plus, que quand cette petite créature n'eût jamais existé, ce n'est pas moi qui lui aurais inspiré de l'amour dans aucun tems.»