«Le sot! je vois que pour vous en faire aimer, il faudrait ressembler sa Lilla.»

«Oh! certainement; il faudrait changer ma grande et forte taille contre sa mince structure, mes traits matériels pour sa figure enfantine. Eh bien, je le ferais encore, s'il ne s'agissait que de cela pour obtenir un regard de l'impitoyable Henriquez.»

«Belle Victoria, dit le maure d'un ton caressant, ne parlez pas ainsi contre vos avantages, qui valent tout au moins les siens. Vous avez, sous beaucoup de rapports, une grande supériorité sur la petite Lilla, et vous touchez à la perfection plus qu'aucune autre femme. Il faut que le seigneur Henriquez n'ait pas de goût pour vous voir autrement ... mais il serait facile ... on pourrait prendre un parti....»Le maure n'acheva pas, et Victoria cherchant à pénétrer sa pensée, lui dit: « parlez, parlez Zofloya, si vous avez quelque chose à me dire pour me tirer d'embarras; ne me cachez rien.»

En ce moment, un vif éclat de lumière divisant les cieux, Zofloya dit: «cherchons un abri, signora, car voici un orage qui se prépare.»

«Oh! je me moque bien de l'orage! dites-moi plutôt si vous avez un moyen d'adoucir mon désespoir. »

—Vous ne craignez pas la foudre, signora? ni moi non plus.

Croyez-vous donc fortement qu'Henriquez ne veuille jamais vous payer de retour?

—Je viens de vous le dire, reprit Victoria avec tristesse.

—Et, malgré cela, vous persistez à l'aimer.... Vous le croyez toujours nécessaire à votre bonheur?

S'il fallait y renoncer, je me percerais à l'instant de ce poignard. (Elle toucha le stilet qui tenait à sa ceinture.)