Mais le désir de se venger n'en prenait que plus de force dans son cœur, et son caractère en recevait une nouvelle touche de férocité. Comme la hyenne indomptable, la contrainte ne la rendait que plus fière et plus sauvage.
Peu de jours après que cette espèce de liberté eut été rendue à Victoria, la signora lui fit dire par Catau de venir la trouver dans le salon. Observant strictement la règle qu'elle s'était prescrite, elle obéit aussitôt. Sa seule peine était que la pâleur de son visage ne convainquît la signora des souffrances dont elle n'avait pu se défendre, et par-là, ne servît la malignité de son tiran. Elle entra cependant, sans paraître ni mécontente ni affligée, mais calme, et sans être embarassée. Victoria apprit ainsi à faire usage des artifices les plus subtils dont la pratique devait augmenter la masse de ses autres mauvaises qualités.
La signora, qui avait composé son visage de manière à inspirer la crainte, ne savait pourtant comment la recevoir. Enfin elle dit: asseyez-vous, enfant.
Victoria obéit, le cœur plein de mépris et de haine.
—Il n'est pas dans mon intention, continua l'autre, d'une voix forcée du gosier, de vous parler pour l'instant de ce que votre conduite violente a eu de déplacé à votre arrivée ici, ni je ne veux pas vous punir du passé. Je vise à vous convaincre que la douceur, l'humilité et l'obéissance sont indispensablement requises dans ma maison, et que rien n'y peut tolérer l'opiniâtreté ni l'orgueil. J'espère qu'en ce moment vous reconnaissez votre erreur?
Victoria sentit son cœur se gonfler d'indignation. Elle allait répliquer.... Elle se contint, et ses joues seules marquèrent ce quelle ressentit. La signora poursuivit.
«D'après ce, je ne crois pas nécessaire de vous tenir renfermée plus long-tems. Vous ne sortirez pas de l'enceinte de cette habitation. Les jardins en sont suffisamment grands pour vos promenades, et Catau vous tiendra compagnie. Peut-être moi-même aurai-je cette bonté-là de tems à autre».
C'est ici que l'orgueil de Victoria souffrit! Catau pour compagnie! cependant elle ne repliqua pas davantage.
«J'espère en même-tems que vous lirez les livres de piété que je mettrai dans vos mains, et qui tendront à amender votre âme si vaine. Je veux de plus que vous abjuriez toute mondénité dans votre mise, et que vous vous soumettiez aux règles que, comme une bonne catholique qui a à cœur votre salut, je croirai de mon devoir de vous prescrire».
La signora s'arrêta pour reprendre haleine. Victoria garda toujours le silence, ne pensant pas qu'il fût nécessaire de répondre.