—Arrêtez, lui cria impétueusement Victoria. La fille se tourna à demi.
—Je veux me promener dans le jardin.
—La signora ne le veut pas, mam'selle, dit la fille d'un air rechigné.
—Elle ne le veut pas?
—Non; et elle mit la main sur la clef de la porte.
—Pourquoi laissez-vous ces choses derrière vous, demanda Victoria qui sentait la colère fermenter dans son sein.
—Parce que c'est votre déjeûner, répondit l'autre, en sortant de la chambre et fermant soigneusement la porte.
Ainsi donc je suis prisonnière! se dit Victoria, les joues cramoisies et en essayant de sourire de l'impuissante malice de la signora. Comment me suis-je attiré ce traitement? Ce n'est sûrement pas par ma conduite d'hier. La disposition malveillante de la signora parut évidente à la jeune personne, qui la regardait comme un être trop digne de mépris pour en prendre un moment de peine. Ce n'est pas pour toujours, pensa-t-elle, et quand la méchante créature sera lasse de me renfermer, elle me mettra en liberté pour changer. En attendant, je vais me distraire du mieux qu'il me sera possible.
Alors elle visita la malle qu'on avait mise dans sa chambre, le soir de son arrivée, et en tira ses crayons et quelques esquisses. La vue pittoresque qui était devant ses yeux, fournissait une ample occupation à son pinceau; et comprimant ce qui se passait en son âme, elle s'assit et travailla pour chasser la réflexion.
Les indignes procédés et le système de tourment de la signora durèrent pendant quelques jours, et jusqu'à ce que le manque d'exercice et la mauvaise nourriture produisissent un effet visible sur Victoria, trop fière pour se plaindre. La signora, qui en fut avertie par la jeune fille qui la servait, commença à s'en allarmer, et à craindre d'avoir passé les limites qui lui étaient prescrites. Elle était responsable du danger qui pouvait eu résulter, si par exemple, Victoria venait à tomber malade. Sa mère que le comte Adolphe aimait tendrement, pourrait exciter son ressentiment contre elle, pour une pareille sévérité qui ne lui avait pas été commandée; car, quoiqu'Adolphe ait dit, s'il est nécessaire, renfermez Victoria, il ne lui avait pas enjoint de le faire sans cause, et encore moins de la priver de sa nourriture habituelle, ou en ne lui donnant qu'une mince portion d'alimens les plus grossiers. Ces considérations eurent donc le pouvoir de la fléchir un peu. Victoria ne fut plus enfermée des jours entiers, et elle put se promener une heure le matin et une heure le soir, accompagnée toutefois de Catau. Vouloir décrire l'indignation de la demoiselle à un pareil traitement, ou tout ce qui lui en coutait pour se contraindre, serait superflu. Cependant elle supporta tout, déterminée à mourir plutôt que montrer le plus léger symptôme de mécontentement ou d'impatience.