A la fin, cependant, un bruit lointain vint frapper son oreille; elle tressaillit: n'était-ce pas celui de rames plongeant dans le canal à distances mesurées? Non, c'était le vent qui agitait plus fortement les arbres.... Victoria se recoucha sur la terre.
Bientôt nouveau bruit; il devint même plus frappant; il était accompagné ... ô bonheur!... d'une voix rauque qui chantait un air en vogue parmi les gondoliers. Victoria fut promptement sur pied: elle regarda le canal et vit effectivement s'approcher une gondole qui n'avait qu'un seul rameur et qui cotoyait tranquillement le lac.
—Ah! s'écria-t-elle, faut-il que ma destinée repose sur cet être insouciant! qu'il approche lentement, tandis que je brûle d'impatience!
Sans accélérer davantage sa marche, le gondolier s'approcha par degrés. Victoria lui fit signe d'avancer plus vîte.—Où vas-tu, mon ami, lui demanda-t-elle?
—A Venise.
—Le cœur de Victoria battit de plaisir plaisir.
Veux-tu bien me prendre dans ta gondole?
Ouais, la jolie fille, avez-vous de quoi me payer?
Victoria se tut. Tout ce qui était en sa possession, sa bague, avait été donnée à Catau. Le gondolier ne disait mot non plus, et son espérance s'évanouissait encore.
Enfin elle regarda tout-à-fait l'homme, qui lui parut jeune, malgré son teint basané.—Hélas! dit-elle, je n'ai pas d'argent, mon ami; mais j'ai un amant à Venise, et si tu veux m'y conduire, la Ste.-Vierge t'enverra toute sorte de bonheur.