»Hélas non! mon beau monsieur, dit-elle en redoublant ses larmes: il n'y a point de remède à la mort; elle vient de m'enlever mon seul appui en ce monde, mon pauvre Hugo, mon cher fils. Oh! monsieur, je n'aurais jamais pensé qu il dût partir avant moi. Qui prendra soin de mes vieux jours à présent? qui soutiendra mon corps usé, et travaillera pour faire vivre la pauvre Nina?

»Ne pleurez pas ainsi, bonne mère, dit Léonardo, recevez-moi chez vous, et si vous avez la charité de me donner une jatte de lait à boire, nous parlerons ensuite du sujet de vos peines, peut-être les choses ne seront-elles pas si tristes que vous vous le figurez.»

La voix de la consolation est toujours douce, mais elle l'est doublement dans la jeunesse. La pauvre Nina se leva avec autant de promptitude que sa douleur le permettait. Elle donna, toujours pleurant, mais moins fort, tout ce quelle avait de meilleur dans sa cabane.

Quand Léonardo eut un peu appaisé sa faim (car la longue marche qu'il avait entreprise, l'avait tellement épuisé, qu'il mourait de besoin), il prit la main de sa vénérable hôtesse et la fesant asseoir, il dit:

—Ma bonne mère, quel âge avait votre fils Hugo?

—Vingt ans, monsieur, dieu soit béni, le jour de Saint Gualdabert, et c'est le seul qui me restait de mes autres enfans.

—Et dites-moi, Nina.

—O Sancto Pedro! il était tout pour sa pauvre mère. Monsieur, j'ai un petit jardin, et c'était Hugo qui me le soignait; j'ai une vigne aussi, Hugo me la taillait. Le bon garçon! jamais il ne voulait me laisser seule. Ma mère, me disait-il, il faut donner ce petit coin de terre qui est là-bas, et puis cet autre qui est encore plus loin, à Pietro et à Varro, qui les feront valoir pour nous, çà fait que pendant ce tems-là je pourrai vous soigner. Monsieur, j'ai attrapé la goutte dans mes pauvres jambes, et à présent que j'ai perdu mon bâton de vieillesse.... O miséricorde, mon cher enfant!... Le cœur me saigne, quand je pense qu'il travaillait au-dessus de ses forces, car il était toujours débile et souffrant.

En cet endroit, la pauvre Nina se mit à pleurer si fort, que son récit en fut interrompu.

Une idée vint à l'esprit de Léonardo, et il s'y arrêta davantage à mesure que la femme parlait. Un jardin à cultiver, une vigne à soigner, aucun besoin d'aller se faire voir à la ville ou au marché; son fils ayant peu de force, et cependant assez pour faire toute la besogne ... sûrement, pensa-t-il ... Nina? Nina gémissait toujours.