Victoria poussée par une impulsion secrète, posa la main sur son épaule, en disant: »levez-vous, Zofloya, et n'ayez pas tant de honte; vous n'avez pas eu l'intention de m'offenser, je pense?»
»Oh! non, madame, et je me relève heureux de votre honte.» Puis s'éloignant de quelques pas, il demeura immobile.
»Mais Zofloya, ce mouchoir taché de sang, que vous venez de mettre dans votre poitrine, le croyez-vous donc bon pour quelque remède? demanda-t-elle en riant.
»Belle et aimable signora, dit le maure, en la regardant avec extase, et en croisant ses mains sur sa poitrine, il a pour moi une vertu au-dessus de tout; car c'est une partie de vous-même: c'est votre sang précieux! et je suis jaloux d'un semblable trésor.» En finissant cette phrase, les yeux du maure brillaient d'un éclat surprenant, et ajoutaient à l'altitude imposante de sa personne.
Victoria, dont le cœur était si vain, se sentit flattée d'un pareil hommage. Jamais, dans aucune circonstance, elle n'avait dédaigné l'encens; et dans cette occasion, il lui fut plus doux qu'elle n'aurait pu le croire; elle s'étonnait même de l'intérêt qu'elle y mettait: enfin, voulant bannir toute pensée hostile; et regardant de nouveau le maure, elle reporta subitement ses yeux vers la terre, comme en craignant de lui laisser voir ce qui se passait dans son sein.
»Pourquoi donc, Zofloya, demanda-t-elle en hésitant, restez-vous ainsi éloigné de moi?»
»Me le permettez-vous, d'approcher, madame?»
»Vous le pouvez.»
Le maure s'avança, mais comme Victoria restait le coude appuyé, et dans une attitude penchée, il s'assit sur l'herbe à ses pieds.
Une oppression pénible s'empara d'elle alors; un poids énorme se fit sentir sur son cœur, et se couvrant le visage de ses deux mains, elle soupira profondément.