»Je voudrais savoir, madame, dans le cas où vous vous détermineriez à agir selon vos désirs, si aucun accident ou circonstance ne vous arrêterait; si, par exemple, je vous indiquais une marche sûre de vous satisfaire, consentiriez-vous à la suivre?
»O excellent Zofloya, s'écria-t-elle, pouvant à peine contenir sa joie, et prenant la main du maure pour la presser sur son cœur.
»Madame! calmez-vous, et n'honorez pas ainsi le plus humble de vos esclaves.
Eh bien, parlez donc, Zofloya, car je crois vos paroles magiques: elles adoucissent mon âme, et me rendent à l'espérance. Et si je parle, signora, m'ordonnerez-vous de me taire! Ne me blâmerez-vous pas?
»Victoria répondit par un geste, accompagné d'un soupir; et Zofloya reprit ainsi:
»Peu avant la défaite malheureuse de mes compatriotes en Grenade, par Ferdinand d'Arragon, j'étais devenu la propriété d'un Grand d'Espagne, qui me recommanda en mourant au seigneur Henriquez, J'avais reçu une éducation digne de ma naissance, et les sciences et les armes me furent familières dès ma tendre jeunesse. J'étudiais la botanique, la chimie et l'astrologie. Etant encouragé par un savant de Grenade, qui avait pris plaisir à cultiver mes goûts, je devins beaucoup plus instruit sous ses leçons que je ne l'étais encore; et il m'initia dans des connaissances très-étendues. Tandis que je demeurais en Arragon avec mon premier maître, j'eus tout le loisir de m'appliquer à l'étude approfondie de mes branches favorites de science; car je n'étais astreint à aucune contrainte avec lui, et il me traitait en égal, même en ami, plutôt qu'en esclave.»
»Oh! Zofloya, combien cette narration nous écarte de notre sujet.
»Laissez-moi continuer, s'il vous plaît, madame, observa le maure, d'un ton qui commandait l'attention.
»Jouissant donc d'une pleine liberté, je me livrai, comme je viens de le dire, à mes occupations favorites. J'obtins une connaissance parfaite des simples et des minéraux, et sus comment on en pourrait tirer parti. Personne, jusqu'à ce jour, je le puis dire, n'a porté plus loin les calculs à cet égard, et n'en a tiré des effets plus infaillibles. Pour ce, je m'attachais principalement à la chimie, toutefois sans abandonner mes études astrologiques. Une grande application, (aidée, il est vrai, par des expériences particulières) me firent trouver l'art de composer des poisons à un degré imminent; et en composant les plus subtils, je puis diminuer leur force à un point imperceptible. Je fis d'abord mes essais sur des animaux, et ensuite sur ceux qui m'avaient offensé!
Victoria tressaillit, mais le maure feignit de n'en rien voir, et combina de parler.