—Je ne sais personne sur qui je puisse faire l'essai, dit Victoria.
—Cette vieille parente que l'orpheline Lilla a avec elle...? c'est autant que je puis croire, un être inutile à la jeune personne, et sans doute fort ennuyeux pour tous?
—Il est vrai, répondit Victoria, qu'elle est bonne pour une expérience semblable.
Le maure sourit avec malice.
—Je voudrais donc, signora, que vous amenassiez la dame officieuse dans la forêt. J'y paraîtrais bientôt, comme si vous m'aviez demandé, avec deux verres de vin ou de limonade. Vous prendriez celui que je tiendrais de votre côté et présenteriez l'autre à la vieille femme; elle est faible et touche aux portes du tombeau. Si la dose ne produisait pas promptement son effet, immédiatement après l'avoir prise, nous y ajouterions un grain de plus pour le comte.
—Mais si l'effet n'est pas aussi prompt que vous le dites, Zofloya, nous nous trahirons.
—Laissez-moi faire, signora. Sitôt l'opération, qui sera prompte, je vous assure, je m'éloignerai, et vous courrez au château pour appeler du secours, en disant, comme cela paraîtra probable, que la signora est tombée; dans une attaque d'apoplexie.
—Mais ne verra-t-on pas quelques marques de poison après sa mort?
—Elles seront attribuées au genre de mort subite qui l'aura atteint. Il n'y aura rien qui puisse exciter le soupçon; soyez en bien assurée, belle Victoria. J'ai intérêt, le plus grand intérêt à ne point vous exposer.
—Eh bien, donnez-moi donc cette poudre. Je compte absolument sur vous.