Vous voyez ma franchise, elle doit vous prouver ma confiance; il ne tiendra qu’à vous de l’augmenter encore: mais je vous préviens que le premier mot d’amour la détruit à jamais et me rend toutes mes craintes; que, surtout, il deviendra pour moi le signal d’un silence éternel vis-à-vis de vous.
Si, comme vous le dites, vous êtes revenu de vos erreurs, n’aimerez-vous pas mieux être l’objet de l’amitié d’une femme honnête que celui des remords d’une femme coupable? Adieu, monsieur; vous sentez qu’après avoir parlé ainsi je ne puis plus rien dire que vous ne m’ayez répondu.
De..., ce 9 septembre 17**.
LETTRE LXVIII
Le Vicomte de VALMONT à la Présidente de TOURVEL.
Comment répondre, madame, à votre dernière lettre? Comment oser être vrai quand ma sincérité peut me perdre auprès de vous? N’importe, il le faut; j’en aurai le courage. Je me dis, je me répète qu’il vaut mieux vous mériter que vous obtenir; et dussiez-vous me refuser toujours un bonheur que je désirerai sans cesse, il faut vous prouver au moins que mon cœur en est digne.
Quel dommage que, comme vous le dites, je sois revenu de mes erreurs! avec quels transports de joie j’aurais lu cette même lettre à laquelle je tremble de répondre aujourd’hui! Vous m’y parlez avec franchise, vous me témoignez de la confiance, vous m’offrez enfin votre amitié: que de biens, madame, et quels regrets de ne pouvoir en profiter! Pourquoi ne suis-je plus le même?
Si je l’étais en effet; si je n’avais pour vous qu’un goût ordinaire, que ce goût léger, enfant de la séduction et du plaisir, qu’aujourd’hui pourtant on nomme amour, je me hâterais de tirer avantage de tout ce que je pourrais obtenir. Peu délicat sur les moyens, pourvu qu’ils me procurassent le succès, j’encouragerais votre franchise par le besoin de vous deviner; je désirerais votre confiance dans le dessein de la trahir; j’accepterais votre amitié dans l’espoir de l’égarer... Quoi! madame, ce tableau vous effraye?... Eh bien! il serait pourtant tracé d’après moi, si je vous disais que je consens à n’être que votre ami...
Qui, moi! je consentirais à partager avec quelqu’un un sentiment émané de votre âme? Si jamais je vous le dis, ne me croyez plus. De ce moment, je chercherai à vous tromper; je pourrai vous désirer encore, mais, à coup sûr, je ne vous aimerai plus.