J’imagine que je n’ai pas besoin de vous recommander le secret, vis-à-vis Mme de Volanges, sur mon projet de campagne; elle aurait bientôt celui de rester à la ville: au lieu qu’une fois arrivée, elle ne repartira pas le lendemain; et si elle nous donne seulement huit jours, je réponds de tout.
De..., ce 9 septembre 17**.
[28] Expression relative à un passage d’un poème de M. de Voltaire.
LETTRE LXVII
La Présidente de TOURVEL au Vicomte de VALMONT.
Je ne voulais plus vous répondre, monsieur, et peut-être l’embarras que j’éprouve en ce moment est-il lui-même une preuve qu’en effet je ne le devrais pas. Cependant je ne veux vous laisser aucun sujet de plainte contre moi; je veux vous convaincre que j’ai fait pour vous tout ce que je pouvais faire.
Je vous ai permis de m’écrire, dites-vous? J’en conviens; mais quand vous me rappelez cette permission, croyez-vous que j’oublie à quelles conditions elle vous fut donnée? Si j’y eusse été aussi fidèle que vous l’avez été peu, auriez-vous reçu une seule réponse de moi? Voilà pourtant la troisième; et quand vous faites tout ce qu’il faut pour m’obliger à rompre cette correspondance, c’est moi qui m’occupe des moyens de l’entretenir. Il en est un, mais c’est le seul; et si vous refusez de le prendre, ce sera, quoi que vous puissiez dire, me prouver assez combien peu vous y mettez de prix.
Quittez donc un langage que je ne puis ni ne veux entendre; renoncez à un sentiment qui m’offense et m’effraye, et auquel, peut-être, vous devriez être moins attaché en songeant qu’il est l’obstacle qui nous sépare. Ce sentiment est-il donc le seul que vous puissiez connaître et l’amour aura-t-il ce tort de plus, à mes yeux, d’exclure l’amitié? Vous-même auriez-vous celui de ne pas vouloir pour votre amie celle en qui vous avez désiré des sentiments plus tendres? Je ne veux pas le croire: cette idée humiliante me révolterait, m’éloignerait de vous sans retour.
En vous offrant mon amitié, monsieur, je vous donne tout ce qui est à moi, tout ce dont je puis disposer. Que pouvez-vous désirer davantage? Pour me livrer à ce sentiment si doux, si bien fait pour mon cœur, je n’attends que votre aveu; et la parole, que j’exige de vous, que cette amitié suffira à votre bonheur. J’oublierai tout ce qu’on a pu me dire; je me reposerai sur vous du soin de justifier mon choix.