Pl. VIII

Mlle Gérard inv. P. Baquoy sc.

Lettre XCIX

LETTRE XCIX

Le Vicomte de VALMONT à la Marquise de MERTEUIL.

Encore de petits événements, ma belle amie; mais des scènes seulement, point d’actions. Ainsi, armez-vous de patience; prenez-en même beaucoup, car tandis que ma présidente marche à si petits pas, votre pupille recule, et c’est bien pis encore. Eh bien, j’ai le bon esprit de m’amuser de ces misères-là. Véritablement, je m’accoutume fort bien à mon séjour ici et je puis dire que dans le triste château de ma vieille tante, je n’ai pas éprouvé un moment d’ennui. Au fait, n’y ai-je pas jouissances, privations, espoir, incertitude? Qu’a-t-on de plus sur un plus grand théâtre? des spectateurs? Hé! laissez faire, ils ne manqueront pas. S’ils ne me voient pas à l’ouvrage, je leur montrerai ma besogne faite; ils n’auront plus qu’à admirer et applaudir. Oui, ils applaudiront; car je puis enfin prédire avec certitude le moment de la chute de mon austère dévote. J’ai assisté ce soir à l’agonie de la vertu. La douce faiblesse va régner à sa place. Je n’en fixe pas l’époque plus tard qu’à notre première entrevue: mais déjà je vous entends crier à l’orgueil. Annoncer sa victoire, se vanter à l’avance! Hé! là, là, calmez-vous! Pour vous prouver ma modestie, je vais commencer par l’histoire de ma défaite.

En vérité, votre pupille est une petite personne bien ridicule! C’est bien un enfant qu’il faudrait traiter comme tel, et à qui on ferait grâce en ne la mettant qu’en pénitence! Croiriez-vous qu’après ce qui s’est passé avant-hier entre elle et moi, après la façon amicale dont nous nous sommes quittés hier matin; lorsque j’ai voulu y retourner le soir, comme elle en était convenue, j’ai trouvé sa porte fermée en dedans? Qu’en dites-vous? on éprouve quelquefois de ces enfantillages-là la veille, mais le lendemain! cela n’est-il pas plaisant?