«Et que l’on ne croie pas que ces types si complets, si parfaits, soient imaginés. Ils ne sortent pas de la tête de Laclos, ils ne sont pas le rêve d’un romancier; ils sont des individualités de ce monde, des personnages vivants de cette société. Les autorités du temps sont là pour attester leur ressemblance et pour mettre sur ces portraits les initiales de leurs noms. Le seul embarras est qu’on leur trouve trop de modèles. Valmont ne fait-il pas nommer un homme fameux? M. de Choiseul n’a-t-il pas commencé sa grande carrière par ce rôle d’homme à bonnes fortunes, de méchant impitoyable, de roué consommé, marchant à son but avec l’air étourdi, n’avançant ni un pas ni une parole sans un projet contre une femme, s’imposant aux femmes par le sarcasme, les menaçant de son esprit en triomphant par la peur? Mais que parle-t-on de Choiseul? Laclos n’avait-il pas sous les yeux le prototype de sa création dans la figure effrayante du marquis de Louvois, dans la figure de ce comte de Frise s’amusant à torturer Mme de Blot? Et pour la femme que Laclos a peinte et pour laquelle il a attribué tant de grâces et de ressources infernales, n’en avait-il pas rencontré l’original et ne l’avait-il pas étudiée sur le vif? Le prince de Ligne et Tilly n’affirment-ils pas, d’après la confidence de Laclos, qu’il n’a eu qu’à déshabiller la conscience d’une grande dame de Grenoble, la marquise L. T. D. P. M., qu’à raconter sa vie, pour trouver en elle sa marquise de Merteuil[6]


Le manuscrit des Liaisons dangereuses se trouve dans les collections de la Bibliothèque Nationale, no 12845 du fonds français: il fut donné par Mme Charles de Laclos en 1849.

Ce manuscrit comprend un certain nombre de documents.

LE DANGER DES LIAISONS
ou
Lettres recueillies dans une société
et publiées pour l’instruction de quelques autres

par M. C..... D. L. C.

J’ai vu les mœurs de ce siècle, et j’ai publié ces lettres (J. J. Rousseau, préface de la Nouvelle Héloïse).

La première ligne du titre a été biffée pour être remplacée par:

LES LIAISONS DANGEREUSES

Un roman avait paru en 1753 sous le titre Le Danger des liaisons, ou Mémoires de la Baronne de Blémon, par Mme de Saint-Aubin.