L’une était nécessaire à la vengeance commune de M. de Valmont et de moi, à laquelle nous avions droit tous deux, et dont il m’avait expressément chargé. J’ai cru de plus, que c’était rendre service à la société que de démasquer une femme aussi réellement dangereuse que l’est Mme de Merteuil, et qui, comme vous pouvez le voir, est la seule, la véritable cause de tout ce qui s’est passé entre M. de Valmont et moi.
Un sentiment de justice m’a porté aussi à publier la seconde pour la justification de M. de Prévan, que je connais à peine, mais qui n’avait aucunement mérité le traitement rigoureux qu’il vient d’éprouver, ni la sévérité des jugements du public, plus redoutable encore, et sous laquelle il gémit depuis ce temps, sans avoir rien pour s’en défendre.
Vous ne trouverez donc que la copie de ces deux lettres, dont je me dois de garder les originaux. Pour tout le reste, je ne crois pas pouvoir remettre en de plus sûres mains un dépôt qu’il m’importe peut-être qui ne soit pas détruit, mais dont je rougirais d’abuser. Je crois, madame, en vous confiant ces papiers, servir aussi bien les personnes qu’ils intéressent, qu’en les leur remettant à elles-mêmes, et je leur sauve l’embarras de les recevoir de moi, et de me savoir instruit d’aventures, que sans doute elles désirent que tout le monde ignore.
Je crois devoir vous prévenir à ce sujet que cette correspondance ci-jointe n’est qu’une partie d’une collection bien plus volumineuse, dont M. de Valmont l’a tirée en ma présence et que vous devez retrouver à la levée des scellés, sous le titre, que j’ai vu, de Compte ouvert entre la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont. Vous prendrez, sur cet objet, le parti que vous suggérera votre prudence.
Je suis avec respect, madame, etc.
P.-S.—Quelques avis que j’ai reçus et les conseils de mes amis m’ont décidé à m’absenter de Paris pour quelque temps; mais le lieu de ma retraite, tenu secret pour tout le monde, ne le sera pas pour vous. Si vous m’honorez d’une réponse, je vous prie de l’adresser à la commanderie de..., par P..., et sous le couvert de M. le commandeur de... C’est de chez lui que j’ai l’honneur de vous écrire.
Paris, ce 12 décembre 17**.
[55] C’est de cette correspondance, de celle remise pareillement à la mort de Mme de Tourvel, et des lettres confiées aussi à Mme de Rosemonde par Mme de Volanges, qu’on a formé le présent Recueil, dont les originaux subsistent entre les mains des héritiers de Mme de Rosemonde.