De..., ce 9 septembre 17**.
[26] Gresset, Le Méchant, comédie.
LETTRE LXIV
Le Chevalier DANCENY à Madame de VOLANGES.
Minute jointe à la lettre [LXVI] du Vicomte à la Marquise.
Sans chercher, madame, à justifier ma conduite et sans me plaindre de la vôtre, je ne puis que m’affliger d’un événement qui fait le malheur de trois personnes, toutes trois dignes d’un sort plus heureux. Plus sensible encore au chagrin d’en être la cause qu’à celui d’en être la victime, j’ai souvent essayé, depuis hier, d’avoir l’honneur de vous répondre sans pouvoir en trouver la force. J’ai cependant tant de choses à vous dire qu’il faut bien faire un effort sur moi-même, et si cette lettre a peu d’ordre et de suite, vous devez sentir assez combien ma situation est douloureuse, pour m’accorder quelque indulgence.
Permettez-moi d’abord de réclamer contre la première phrase de votre lettre. Je n’ai abusé, j’ose le dire, ni de votre confiance ni de l’innocence de Mlle de Volanges; j’ai respecté l’une et l’autre dans mes actions. Elles seules dépendaient de moi, et quand vous me rendriez responsable d’un sentiment involontaire, je ne crains pas d’ajouter que celui que m’a inspiré Mlle votre fille est tel qu’il peut vous déplaire, mais non vous offenser. Sur cet objet qui me touche plus que je ne puis vous dire, je ne veux que vous pour juge et mes lettres pour témoins.
Vous me défendez de me présenter chez vous à l’avenir, et sans doute je me soumettrai à tout ce qu’il vous plaira d’ordonner à ce sujet, mais cette absence subite et totale ne donnera-t-elle donc pas autant de prise aux remarques que vous voulez éviter que l’ordre que, par cette raison même, vous n’avez point voulu donner à votre porte? J’insisterai d’autant plus sur ce point qu’il est bien plus important pour Mlle de Volanges que pour moi. Je vous supplie donc de peser attentivement toutes choses et de ne pas permettre que votre sévérité altère votre prudence. Persuadé que l’intérêt seul de mademoiselle votre fille dictera vos résolutions, j’attendrai de nouveaux ordres de votre part.
Cependant, dans le cas où vous me permettriez de vous faire ma cour quelquefois, je m’engage, madame (et vous pouvez compter sur ma promesse), à ne point abuser de ces occasions pour tenter de parler en particulier à Mlle de Volanges ou de lui faire tenir aucune lettre. La crainte de ce qui pourrait compromettre sa réputation, m’engage à ce sacrifice et le bonheur de la voir quelquefois m’en dédommagera.