Alors, tout en conversant avec nous, elle dépêcha en secret un page. Elle était devenue si affable avec nous que j'osai lui demander son nom. La vierge ne se fâcha point de mon audace et répondit en souriant:
«Mon nom contient cinquante-cinq et n'a cependant que huit lettres; la troisième est le tiers de la cinquième; si elle s'ajoute à la sixième, elle forme un nombre, dont la racine est déjà plus grande de la première lettre que n'est la troisième elle-même, et qui est la moitié de la quatrième. La cinquième et la septième sont égales; la dernière est, de même égale, à la première, et elles font avec la seconde autant que possède la sixième, qui n'a cependant que quatre de plus que ne possède la troisième trois fois. Et maintenant, seigneurs, quel est mon nom?»
Ce problème me sembla bien difficile à résoudre; cependant je ne m'en récusai pas et je demandai:
«Vierge noble et vertueuse, ne pourrais-je obtenir une seule lettre?»
--«Mais certainement», dit-elle «cela est possible».
--«Combien possède donc la septième» demandai-je.
--«Elle possède autant qu'il y a de seigneurs ici», répondit-elle. Cette réponse me satisfit et je trouvai aisément son nom. La vierge s'en montra très contente et nous annonça que bien d'autres choses nous seraient révélées.
Mais voici que nous vîmes paraître plusieurs vierges magnifiquement vêtues; elles étaient précédées de deux pages qui éclairaient leur marche. Le premier de ces pages nous montrait une figure joyeuse, des yeux clairs et ses formes étaient harmonieuses; le second avait l'aspect irrité; il fallait que toutes ses volontés se réalisent ainsi que je m'en aperçus par la suite. Ils étaient suivis, tout d'abord, par quatre vierges. La première baissait chastement les yeux et ses gestes dénotaient une profonde humilité. La deuxième était également une vierge chaste et pudique. La troisième eut un mouvement d'effroi en entrant dans la salle; j'appris plus tard qu'elle ne peut rester là où il y a trop de joie. La quatrième nous apporta quelques fleurs, symboles de ses sentiments d'amour et d'abandon. Ensuite nous vîmes deux autres vierges parées plus richement; elles nous saluèrent. La première portait une robe toute bleue semée d'étoiles d'or; la seconde était vêtue de vert avec des raies rouges et blanches; toutes deux avaient dans leurs cheveux des rubans flottants qui leur seyaient admirablement.
Mais voici, toute seule, la septième vierge; elle portait une petite couronne et, néanmoins ses regards allaient plus souvent vers le ciel que vers la terre. Nous crûmes qu'elle était la fiancée; en cela nous étions loin de la vérité; cependant elle était plus noble que la fiancée par les honneurs, la richesse et le rang. Ce fut elle qui, maintes fois, régla le cours entier des noces. Nous imitâmes notre vierge et nous nous prosternâmes au pied de cette reine malgré qu'elle se montrât très humble et pieuse, Elle tendit la main à chacun de nous tout en nous disant de ne point trop nous étonner de cette faveur car ce n'était-là qu'un de ses moindres dons. Elle nous exhorta à lever nos yeux vers notre Créateur, à reconnaître sa toute-puissance en tout ceci, à persévérer dans la voie où nous nous étions engagés et à employer ces dons à la gloire de Dieu et pour le bien des hommes. Ces paroles, si différentes de celles de notre vierge, encore un peu plus mondaine, m'allaient droit au coeur. Puis s'adressant à moi: «Toi,» dit-elle, «tu as reçu plus que les autres, tâche donc de donner plus également».
Ce sermon nous surprit beaucoup, car en voyant les vierges et les musiciens nous avions cru qu'on allait danser.