Cependant les poids dont nous parlions plus haut étaient encore à leur place; la reine--j'ignore qui elle était--invita chaque vierge à prendre l'un des poids, puis elle donna le sien qui était le dernier et le plus lourd à notre vierge et nous ordonna de nous mettre à leur suite. C'est ainsi que notre gloire majestueuse se trouva un peu rabaissée; car je m'aperçus facilement que notre vierge n'avait été que trop bonne pour nous et que nous n'inspirions point une si haute estime que nous commencions presque à nous l'imaginer.
Nous suivîmes donc en ordre et l'on nous conduisit dans une première salle. Là, notre vierge suspendit le poids de la reine le premier, tandis qu'on chanta un beau cantique. Dans cette salle, il n'y avait de précieux que quelques beaux livres de prières qu'il nous était impossible d'atteindre. Au milieu de la salle se trouvait un prie-dieu; la reine s'y agenouilla et nous nous prosternâmes tous autour d'elle et répétâmes la prière que la vierge lisait dans l'un des livres; nous demandâmes avec ferveur que ces noces s'accomplissent à la gloire de Dieu et pour notre bien.
Ensuite nous parvînmes à la seconde salle, où la première vierge suspendit à son tour le poids qu'elle portait; et ainsi de suite, jusqu'à ce que toutes les cérémonies fussent accomplies. Alors la reine tendit de nouveau la main à chacun de nous et se retira accompagnée de ses vierges.
Notre présidente resta encore un instant parmi nous; mais comme il était presque deux heures de la nuit elle ne voulut pas nous retenir plus longtemps;--j'ai cru remarquer à ce moment qu'elle se plaisait en notre société.--Elle nous souhaita donc une bonne nuit, nous engagea à dormir tranquilles et se sépara ainsi de nous amicalement, presqu'à contre-coeur.
Nos pages, qui avaient reçu des ordres, nous conduisirent dans nos chambres respectives, et afin que nous puissions nous faire servir en cas de besoin, notre page reposait dans un second lit installé dans la même chambre. Je ne sais comment étaient les chambres de mes compagnons, mais la mienne était meublée royalement et garnie de tapis et de tableaux merveilleux. Cependant je préférais à tout cela la compagnie de mon page qui était si éloquent et si versé dans les arts que je pris plaisir à l'écouter pendant une heure encore, de sorte que je ne m'endormis que vers trois heures et demie.
Ce fut ma première nuit tranquille; cependant un rêve importun ne me laissait pas jouir du repos tout à mon aise, car toute la nuit je m'acharnais sur une porte que je ne pouvais ouvrir, finalement j'y réussis. Ces fantaisies troublèrent mon sommeil jusqu'à ce que le jour m'éveillât enfin.
QUATRIÈME JOUR
Je reposais encore sur ma couche en regardant tranquillement les tableaux et les statues admirables quand j'entendis soudain les accords de la musique et le son du triangle; on aurait cru que la procession était déjà en marche. Alors mon page sauta de son lit comme un fou, avec un visage si bouleversé qu'il ressemblait bien plus à un mort qu'à un vivant. Qu'on s'imagine mon désarroi lorsqu'il me dit qu'à l'instant même mes compagnons étaient présentés au Roi. Je ne pus que pleurer à chaudes larmes et maudire ma propre paresse, tout en m'habillant à la hâte. Cependant mon page fut prêt bien avant moi et sortit de l'appartement en courant pour voir où en étaient les choses. Il revint bientôt avec l'heureuse nouvelle que rien n'était perdu, que j'avais seulement manqué le déjeuner parce qu'on n'avait pas voulu me réveiller à cause de mon grand âge, mais qu'il était temps de le suivre à la fontaine où mes compagnons étaient déjà assemblés pour la plupart. A cette nouvelle je repris mon calme; j'eus donc bientôt achevé ma toilette et je suivis mon page à la fontaine.
Après les salutations d'usage, la vierge me plaisanta de ma paresse et me conduisit par la main à la fontaine. Alors je constatai qu'au lieu de son épée, le lion tenait une grande dalle gravée. Je l'examinai avec soin et je découvris qu'elle avait été prise parmi les monuments antiques et placée ici pour cette circonstance. La gravure était un peu effacée à cause de son ancienneté; je la reproduis ici exactement pour que chacun puisse y réfléchir.
PRINCE HERMÈS,
APRÈS TOUT LE DOMMAGE
FAIT AU GENRE HUMAIN,
RÉSOLU PAR DIEU: