En b, sur le pourtour de la grande chaudière, se trouvait encore une quantité de trous; les vierges y plantèrent leurs branches. Je ne sais si cela était nécessaire pour l'opération, ou seulement exigé par le cérémonial; toutefois les branches furent arrosées continuellement par la fontaine et l'eau qui s'en écoula pour retourner dans la chaudière, était un peu plus jaunâtre.

Cette opération dura près de deux heures; la fontaine coulait constamment d'elle-même, mais peu à peu le jet faiblissait.

Pendant ce temps les musiciens sortirent et nous nous promenâmes ça et là dans la salle. Les ornements de cette salle suffisaient amplement à nous distraire car rien n'y était oublié en fait d'images, tableaux, horloges, orgues, fontaines et choses semblables.

Enfin l'opération toucha à sa fin et la fontaine cessa de couler. La vierge fit alors apporter une sphère creuse en or. A la base de la fontaine il y avait un robinet; elle l'ouvrit et fit couler les matières qui avaient été dissoutes par la chaleur des gouttes; elle récolta plusieurs mesures d'une matière très rouge. L'eau qui restait dans la chaudière supérieure fut vidée; Puis cette fontaine--qui était très allégée--fut portée dehors. Je ne puis dire si elle a été ouverte ensuite et si elle contenait encore un résidu utile provenant des cadavres; mais je sais que l'eau recueillie dans la sphère était beaucoup trop lourde pour que nous eussions pu la porter à six ou plus, quoique, à en juger par son volume, elle n'aurait pas dû excéder la charge d'un seul homme. On transporta cette sphère au dehors avec beaucoup de peine et on nous laissa encore seuls.

Comme j'entendais que l'on marchait au-dessus de nous, je cherchai mon échelle des yeux. A ce moment on aurait pu entendre de singulières opinions exprimées par mes compagnons sur cette fontaine; car, persuadés que les corps reposaient dans le jardin du château, ils ne savaient comment interpréter ces opérations. Mais moi, je rendais grâce à Dieu d'avoir veillé en temps opportun et d'avoir vu des événements qui m'aidaient à mieux comprendre toutes les actions de la vierge.

Un quart d'heure s'écoula; puis le centre de la voûte fut dégagé et on nous pria de monter. Cela se fit comme auparavant à l'aide d'ailes, d'échelles et de cordes; et je fus passablement vexé de voir que les vierges montaient par une voie facile, tandis qu'il nous fallait faire tant d'efforts. Cependant je m'imaginais bien que cela se faisait dans un but déterminé. Quoi qu'il en soit il fallut nous estimer heureux des soins prévoyants du vieillard, car les objets qu'il nous avait donnés, les ailes, par exemple, nous servaient uniquement à atteindre l'ouverture.

Quand nous eûmes réussi à passer à l'étage supérieur, l'ouverture se referma; je vis alors la sphère suspendue à une forte chaîne au milieu de la salle. Il y avait des fenêtres sur tout le pourtour de cette salle et autant de portes alternant avec les fenêtres. Chacune des portes masquait un grand miroir poli. La disposition optique des portes et des miroirs était telle que l'on voyait briller des soleils sur toute la circonférence de la salle, dès que l'on avait ouvert les fenêtres du côté du soleil et tiré les portes pour découvrir les miroirs; et cela malgré que cet astre, qui rayonnait à ce moment au delà de toute mesure ne frappât qu'une porte. Tous ces soleils resplendissants dardaient leurs rayons par des réflexions artificielles, sur la sphère suspendue au centre; et comme, par surcroît, celle-ci était polie, elle émettait un rayonnement si intense qu'aucun de nous ne put ouvrir les yeux. Nous regardâmes donc par les fenêtres jusqu'à ce que la sphère fût chauffée à point et que l'effet désiré fût obtenu. J'ai vu ainsi la chose la plus merveilleuse que la nature ait jamais produite: Les miroirs reflétaient partout des soleils, mais la sphère au centre rayonnait encore avec bien plus de force de sorte que notre regard ne put en soutenir l'éclat égal à celui du soleil même, ne fût-ce qu'un instant.

Enfin la vierge fit recouvrir les miroirs et fermer les fenêtres afin de laisser refroidir un peu la sphère; et cela eut lieu à sept heures.

Nous étions satisfaits de constater que l'opération, parvenue à ce point, nous laissait assez de liberté pour nous réconforter par un déjeuner. Mais, cette fois encore, le menu était vraiment philosophique et nous n'avions pas à craindre qu'on insistât pour nous pousser aux excès; toutefois on ne nous laissa pas manquer du nécessaire. D'ailleurs, la promesse de la joie future--par laquelle la vierge ranimait sans cesse notre zèle--nous rendit si gais que nous ne prenions en mauvaise part aucun travail et aucune incommodité. Je certifierai aussi que mes illustres compagnons ne songèrent à aucun moment à leur cuisine ou à leur table; mais ils étaient tout à la joie de pouvoir assister à une physique si extraordinaire et méditer ainsi sur la sagesse et la toute-puissance du Créateur.

Après le repas nous nous préparâmes de nouveau au travail, car la sphère s'était suffisamment refroidie. Nous dûmes la détacher de sa chaîne, ce qui nous coûta beaucoup de peine et de travail, et la poser par terre.