A ce moment, les trompettes sonnèrent inopinément; j'en fus tellement saisi que je m'éveillai. C'est alors seulement que je m'aperçus que j'avais rêvé. Toutefois, j'avais été si fortement impressionné que ce songe me préoccupe encore aujourd'hui et qu'il me semble que je sens encore les plaies de mes pieds.

En tous cas, je compris que Dieu me permettait d'assister aux noces occultes; je lui en rendis grâce, en sa majesté divine, dans ma foi filiale, et je le priai de me garder toujours dans sa crainte, de remplir quotidiennement mon coeur de sagesse et d'intelligence et de me conduire enfin, par sa grâce, jusqu'au but désiré, malgré mon peu de mérite.

Puis je me préparai au voyage; je me vêtis de ma robe de lin blanche et je ceignis un ruban couleur de sang passant sur les épaules et disposé en croix. J'attachai quatre roses rouges à mon chapeau, espérant que tous ces signes distinctifs me feraient remarquer plus vite dans la foule. Comme aliment, je pris du pain, du sel et de l'eau; j'en usai par la suite dans certains cas, à plusieurs reprises, non sans utilité, en suivant le conseil d'un sage.

Mais avant de quitter ma caverne, prêt pour le départ et paré de mon habit nuptial, je me prosternai à genoux et priai Dieu qu'Il permît que tout ce qui allait advenir fût pour mon bien; puis je Lui fis la promesse de me servir des révélations qui pourraient m'être faites, non pour l'honneur et la considération mondaines, mais pour répandre Son nom et pour l'utilité de mon prochain. Ayant fait ce voeu, je sortis de ma cellule, plein d'espoir et de joie.

DEUXIÈME JOUR

A peine étais-je entré dans la forêt qu'il me sembla que le ciel entier et tous les éléments s'étaient déjà parés pour les noces; je crus entendre les oiseaux chanter plus agréablement et je vis les jeunes cerfs sauter si joyeusement qu'ils réjouirent mon coeur et l'incitèrent à chanter. Je chantai donc à haute voix:

Sois joyeux, cher petit oiseau;
Pour louer ton créateur
Elève ta voix claire et fine,
Ton Dieu est très puissant;
Il t'a préparé ta nourriture
Et te la donne juste en temps voulu,
Sois satisfait ainsi.

Pourquoi donc serais-tu chagrin,
Pourquoi t'irriter contre Dieu
De t'avoir fait petit oiseau?
Pourquoi raisonner dans ta petite tête
Parce qu'il ne t'a pas fait homme?
Oh! tais-toi, il a profondément médité cela,
Sois satisfait ainsi.

Que ferais-je, pauvre ver de terre
Si je voulais discuter avec Dieu?
Chercherais-je à forcer l'entrée du ciel
Pour ravir le grand art par violence?
Dieu ne se laisse pas bousculer;
Que l'indigne s'abstienne.
Homme, sois satisfait.

S'il ne t'a pas fait empereur
N'en soit pas offensé;
Tu aurais peut-être méprisé son nom
Et de cela seul il se soucie.
Les yeux de Dieu sont clairvoyants;
Il voit au fond de ton coeur
Donc tu ne le tromperas pas.