Cinq heures étaient sonnés quand on ordonna aux musiciens de recharger les vaisseaux et de se préparer au départ. Mais comme ils étaient un peu lents, le vieux seigneur fit sortir une partie de ses soldats que nous n'avions pas aperçus jusque-là car ils étaient cachés dans l'enceinte. C'est de cette manière que j'appris que cette tour était toujours prête à résister aux attaques. Ces soldats eurent tôt fait d'embarquer nos bagages, de sorte qu'il ne nous restait qu'à songer au repas.

Quand les tables furent dressées, la vierge nous réunit en présence de nos compagnons; alors il nous fallut prendre un air malheureux et étouffer le rire. Ils chuchotaient tout le temps entre eux; cependant quelques-uns nous plaignaient. A ce repas le vieux seigneur était des nôtres. C'était un maître sévère; il n'y eut de parole, si sage fût-elle, qu'il ne sût réfuter, ou compléter, ou du moins développer pour nous instruire. C'est auprès de ce seigneur que j'appris le plus de choses et il serait bon que chacun se rendît près de lui pour s'instruire; beaucoup y trouveraient leur avantage.

Après le repas le seigneur nous conduisit d'abord dans ses musées édifiés circulairement sur les bastions; nous y vîmes des créations naturelles fort singulières ainsi que des imitations de la nature produites par l'intelligence humaine; il aurait fallu y passer une année entière pour tout voir.

Nous prolongeâmes cette visite à la lumière, bien avant dans la nuit. Enfin le sommeil l'emporta sur la curiosité et nous fûmes conduits dans nos chambres; nous fûmes étonnés de trouver dans le rempart non seulement de bons lits mais encore des appartements très élégants tandis que nous avions dû nous contenter de si peu la veille. J'allai donc goûter un bon repos et comme j'étais presque sans soucis et fatigué par un travail ininterrompu, le bruissement calme de la mer me procura un sommeil profond et doux que je continuai par un rêve depuis onze heures jusqu'à huit heures du matin.

SEPTIÈME JOUR

Il était plus de huit heures quand je m'éveillai. Je m'habillai donc rapidement pour rentrer dans la tour, mais les chemins se croisaient en si grand nombre dans le rempart que je m'égarai pendant assez longtemps avant d'avoir trouvé une issue. Le même désagrément arriva à d'autres; pourtant nous finîmes par nous retrouver dans la salle inférieure. Nous reçûmes alors nos Toisons d'or et nous fûmes vêtus d'habits entièrement jaunes. Alors la vierge nous apprit que nous étions Chevaliers de la Pierre d'Or, chose que nous avions ignorée jusque-là.

Ainsi parés nous déjeunâmes; puis le vieillard remit à chacun une médaille en or. Sur l'endroit on voyait ces mots:

AR. NAT. MI

[Ars naturae ministra: L'art est le ministre de la nature.]

Au revers: