Sur ces entrefaites, Atlas revint et rendit compte de sa mission à voix basse. Le rouge me monta alors au visage car ma conscience ne me laissait pas en repos. Le Roi me tendit lui-même la supplique et me la fit lire; elle contenait à peu près ce qui suit:
Premièrement, le gardien exprimait au Roi ses souhaits de bonheur et de prospérité avec l'espoir que sa descendance serait nombreuse. Puis il affirmait que le jour était maintenant arrivé où, conformément à la promesse royale, il devait être délivré. Car, d'après ses observations qui ne pouvaient lui mentir, Vénus aurait été découverte et contemplée par un de ses hôtes. Il suppliait Sa Majesté Royale de vouloir bien faire une enquête minutieuse; Elle constaterait ainsi que sa découverte était vraie, sinon il s'engageait à rester définitivement à la porte, sa vie durant. Il priait par conséquent très respectueusement Sa Majesté de lui permettre d'assister au banquet au risque de sa vie, car il espérait ainsi découvrir le malfaiteur et parvenir à la délivrance tant désirée.
Tout cela était exposé longuement et avec un art parfait. J'étais vraiment bien placé pour apprécier à sa juste valeur la perspicacité du gardien, mais elle était pénible pour moi et j'aurais préféré l'ignorer à jamais; cependant je me consolai en pensant que je pourrais peut-être lui venir en aide par mon souhait. Je demandai donc au Roi s'il n'y avait pas d'autre voie pour sa délivrance. «Non», répondit le Roi, «car ces choses ont une gravité toute particulière; mais nous pouvons accéder à son désir pour cette nuit». Il le fit donc appeler.
Entre-temps les tables avaient été dressées dans une salle où nous n'avions jamais pris place auparavant; celle-ci s'appelait le Complet; elle était parée d'une manière si merveilleuse qu'il m'est impossible d'en commencer seulement la description. On nous y conduisit en grande pompe et avec des cérémonies particulières.
Cette fois-ci Cupidon était absent; car, ainsi qu'on me l'apprit, l'insulte faite à sa mère l'avait fortement indisposé; voilà comment à chaque instant mon forfait, entraînant la supplique, fut la cause d'une grande tristesse. Il répugnait au Roi de faire une enquête parmi ses invités; car elle aurait fait connaître l'événement à ceux qui l'ignoraient encore. Il laissa donc au gardien déjà arrivé le soin d'exercer une surveillance étroite et fit de son mieux pour paraître gai.
On finit cependant par retrouver l'animation et on s'entretint de toutes sortes de sujets agréables et utiles.
Je m'abstiens de rappeler le menu et les cérémonies, car le lecteur n'en a nul besoin et cela n'est pas utile pour notre but. Tout était excellent, au delà de toute mesure, au delà de tout art et de toute habileté humaine; ce n'est pas à la boisson que je songe en écrivant cela. Ce repas fut le dernier et le plus admirable de tous ceux auxquels j'ai pris part.
Après le banquet les tables furent enlevées rapidement et de beaux sièges furent rangés en cercle. De même que le Roi et la Reine, nous y prîmes place auprès du vieillard, des dames et des vierges. Puis un beau page ouvrit l'admirable livre dont j'ai déjà parlé. Atlas se plaça au centre de notre cercle et nous parla comme suit:
Sa Majesté Royale n'avait point oublié nos mérites et l'application avec laquelle nous avions rempli nos fonctions; pour nous récompenser, Elle nous avait donc élus tous, sans exception, Chevaliers de la Pierre d'Or. Il serait donc indispensable non seulement de prêter serment encore une fois à Sa Majesté Royale, mais encore de nous engager à observer les articles suivants. Ainsi, Sa Majesté Royale pourrait décider de nouveau comment Elle devra se comporter vis-à-vis de ses alliés.
Puis Atlas fit lire par le page les articles que voici: