LES TROIS BRIGANDS

Dans un bois, trois brigands se tenaient en embuscade. Il vint à passer un marchand, qui portait avec lui des sommes considérables et des objets de grands prix; les brigands le tuèrent et s'emparèrent de tout ce qu'il possédait. Ils résolurent de faire bonne chère. Le plus jeune se chargea d'aller à la ville voisine pour acheter du vin, des viandes cuites, enfin tout ce qui était nécessaire pour bien se régaler.

A peine fut-il parti que les deux autres se dirent:—Si nous étions seuls à partager ces trésors, ils nous suffiraient pour vivre. Débarrassons-nous de cet autre quand il reviendra avec ses provisions. Dès que nous l'aurons tué, nous partagerons en frères, et nous irons vivre loin de ce pays.

Le troisième brigand se disait de son côté:—Si je pouvais me défaire de mes deux compagnons, tout l'argent serait pour moi! Je vais empoisonner leur vin, ils en boiront, ils périront tous deux, et je posséderai seul les trésors du marchand.

En effet, il acheta des vivres, mêla dans le vin un poison violent et retourna dans le bois.

A peine fut-il arrivé près de ses compagnons, que ceux-ci se jetèrent sur lui et le tuèrent à coup de poignard. Ils se mirent ensuite à manger, burent du vin auquel était mêlé le poison, et expirèrent dans des douleurs atroces. Juste punition de la providence! preuve nouvelle que les méchants ne peuvent se fier les uns aux autres.


LA MÉSANGE

Regarde, disait Xavier à sa soeur, voici une jolie mésange qui se perche sur un arbre; je vais y placer mon trébuchet, et je suis sûr que tout à l'heure j'aurai l'oiseau en ma possession. Il grimpa sur l'arbre, tendit son piége et se cacha avec sa soeur dans un épais taillis. La pauvre mésange fut en effet bientôt prise. Xavier escalada l'arbre de nouveau, mais en descendant il tomba et se blessa à la main; dans sa chute le trébuchet s'ouvrit et la mésange s'échappa.

—Bon Dieu! Xavier, lui dit sa soeur, à quel danger tu t'exposes; ne monte plus sur les arbres, car en montant tu pourrais te tuer.—Oh! ma chute est un accident, répondit-il en riant, qui ne m'empêcherait pas de recommencer tout de suite, mais ce serait peine perdue: la mésange connaît maintenant le piége; elle n'en approchera plus.—Si ce que tu dis est vrai, mon frère, cet animal sans raison est plus sage que toi, car il fuit le piége qui l'a pris, et toi, à peine échappé à un danger mortel, tu le braverais de nouveau pour satisfaire une fantaisie.