Ce fut un bref entr’acte. Peu de jours après, la lutte sournoise, implacable, recommença. Un soir, comme Ariane était souffrante et qu’ils prenaient le thé dans leur petit salon, elle commença à parler de leurs relations. Elle le remercia d’en avoir défini le caractère avec tant de précision et de prévoyance, dès avant qu’elles eussent commencé.

— Je reconnais bien là, dit-elle, mon ami si sage, si averti de tout. Grâce à vous, tout est clair entre nous. Il n’y a place pour aucune ambiguïté. En somme, je suis libre ; vous l’êtes aussi. Nous avons formé une association temporaire à la recherche du plaisir. Je ne vous le cache pas : vous avez su me le donner.

— C’est beaucoup, interrompit Constantin. Tu connais les vers de Vigny :

… C’est le plaisir qu’elle aime.

L’homme est rude, il le prend et ne sait le donner.

— Je ne connais pas les vers, continua-t-elle, mais comme on dit, je crois, je connais la chanson (Constantin Michel s’en voulait amèrement de sa citation). Et puis, nos causeries ne sont pas un mince agrément dans l’affaire. A l’ordinaire, les hommes sont si niais. Dès qu’on en a tiré ce qu’on leur demande, les voilà muets…

Constantin commença à grimacer intérieurement. Mais comment arrêter Ariane ? Il essaya de dévier la conversation. Avec une logique supérieure, Ariane y revint :

— Mais, puisque nous sommes libres, nous avons le droit de faire ce qu’il nous plaît. Vous pouvez avoir une maîtresse (Bon, elle a appris mon histoire, pensa Constantin)… et je puis prendre un amant. Nous ne nous tromperions pas, puisque nous ne nous aimons pas et que nous nous donnons un avertissement préalable.

— Ah ! par exemple, non ! Je ne suis pas pour le partage, cria Constantin qui, sur ce terrain, vit la possibilité de laisser cours à ses sentiments. Non, cent fois non ! Tant que tu es à moi, tu n’es à personne d’autre. Tiens-le-toi pour dit.

— Et si tout de même j’avais un amant ? Vous ne le sauriez pas.