A dix heures du matin, ce même jour, dans le gymnase célèbre dirigé par Mme Znamenskaia, le professeur d’histoire, Paul Paulovitch, assisté de deux autres professeurs, faisait passer l’examen de sortie à ses élèves.

Dans la vaste pièce, claire et nue, aux larges fenêtres, une vingtaine de jeunes filles étaient réunies. C’était, entre elles, des bribes de conversation à voix basse, des remarques chuchotées, de brèves phrases échangées avec fièvre. Des yeux vifs brillaient dans des visages pâles ; quelques élèves feuilletaient avec hâte le manuel d’histoire ; d’autres suivaient avec passion ce qui se passait sur l’estrade.

L’interrogatoire durait cinq minutes sur un sujet tiré au hasard et, pendant ce temps, l’élève qui devait passer l’examen à la suite réfléchissait, assise à une petite table voisine. Ariane Nicolaevna attendait son tour et froissait entre ses doigts le billet qu’elle venait de prendre devant Paul Paulovitch.

Deux heures de sommeil avaient suffi à rendre à son teint une fraîcheur quasi enfantine. Ses yeux gris clair, plutôt petits, s’abritaient sous de longues arcades sourcilières qui se rejoignaient presque à la naissance du nez, lequel était droit, net et régulier. La bouche délicatement dessinée était fermée. Ariane ne s’absorbait pas dans la méditation du sujet sur lequel elle allait être interrogée, mais écoutait l’élève qui, debout devant les examinateurs, ne donnait que des réponses embarrassées. Les yeux gris sous les sourcils noirs pétillaient et il était visible qu’Ariane faisait effort pour ne pas voler au secours de sa camarade.


Une surveillante assise à l’écart tira sa montre et sortit. Deux minutes plus tard, elle rentrait escortant Madame la Directrice. Les examinateurs s’empressèrent, offrant leur siège. Mme Znamenskaia d’un geste les remercia et prit, un peu en arrière, la chaise de la surveillante.

Dans la salle, un murmure avait couru de bouche à bouche. Les jeunes filles à voix basse se communiquaient leurs impressions.

— Une fois de plus, la voilà.

— Elle est toujours présente quand Ariane est interrogée.

— C’est un scandale, elle la protège.