— Eh bien, je ne le veux pas. J’ai ma jeunesse devant moi. Ne crois pas que je te la sacrifie. Tu m’auras vite oubliée. Une petite fille, comme tu dis, cela compte-t-il dans une liste longue ? Grâce à Dieu, tout s’est passé entre nous comme il était convenu. Nous n’allons pas entamer un autre morceau pour lequel nous ne sommes faits ni l’un ni l’autre. Avoue que tu ne me vois pas en amante éplorée. Est-ce un rôle pour moi ? Nous nous dirons adieu dans quelques jours…
Constantin sentait une irritation grandir en lui. Il regardait Ariane. Elle était gaie et s’exprimait sur un ton de détachement qui le blessait au vif.
Ils continuèrent longtemps à se déchirer l’un l’autre, souriants, impassibles, cherchant chacun la place faible de l’adversaire pour y enfoncer un trait acéré. Les gens qui les regardaient avec envie imaginaient qu’ils échangeaient les mille tendresses qui sont coutumières entre amants. Constantin conclut en ces termes :
— Nous sommes tout près l’un de l’autre. Mais entre nous, il y a un abîme que rien ne peut combler. J’y renonce… Allons-nous-en.
Ariane avait un sourire douloureux au coin des lèvres. Ils se levèrent et regagnèrent à pied leur logis. La lune jouait sur les flots et baignait les vergers endormis d’Yalta. Ariane se taisait et Constantin sentait je ne sais quelle amertume au fond de son cœur.
Ils se couchèrent en silence. Mais une fois dans le lit, comme ils allaient s’endormir, Ariane se serra contre son amant, lui prit la tête entre ses mains et la couvrit de baisers.
— Pardonne-moi, dit-elle tout bas à son oreille, j’ai été méchante, je ne le serai plus.
Et Constantin retrouva la voix humble, enfantine, qu’il avait entendue une fois seulement, quand Ariane s’était donnée à lui.
§ VIII. Séparation
Deux jours après cette soirée, un télégramme arriva à l’heure du déjeuner. Constantin l’ouvrit et le tendit à Ariane. Il était rappelé d’urgence à Moscou. Sans hésiter, sans la consulter — Ariane l’observa — il télégraphia à Sébastopol de retenir un coupé pour le surlendemain à destination de Moscou. Ariane n’eut pas un mot de regret. Le soir, elle fut joyeuse et causante comme à l’ordinaire.