Et il la couvrait de baisers, la serrait dans ses bras. Mais lorsqu’il eut relâché son étreinte, et comme il continuait de s’habiller, elle reprit impitoyable :

— J’ai un amant qui m’attend. Je ne te l’ai pas caché.

Cette fois-ci, il resta glacé, il semblait ne pas entendre.

Elle continua d’une voix basse, molle, qui était à cent lieues du sens des paroles :

— A peine serai-je rentrée, il m’appellera… Je suis en retard de quinze jours sur le rendez-vous fixé. Comment me refuserais-je à lui ? Sous quel prétexte ?… Mettons que je gagne quelques jours, une semaine de purification. Mais enfin, tu ne peux m’en demander plus… Il a des droits sur moi cet homme, et antérieurs aux tiens. Et puis, tu sais comment est la vie chez nous, comme tout y est facile, comme tout est différent d’ici… Allons, faisons un compromis. Je te promets que pendant huit jours je vivrai dans ce que tu appelles « nos chers souvenirs »… Mais ne m’en demande pas plus, parce qu’enfin, à quoi rimerait cette fidélité posthume ?…

Constantin s’était enfui en frappant la porte, jurant et sacrant tout au long de l’escalier. A déjeuner, dans l’après-midi et jusqu’au soir alors qu’ils étaient tous deux sur le quai de la gare de Riazan, Ariane continua d’être agressive et irritable.

— Il semble que tu veuilles me rendre la séparation plus facile, lui dit Constantin. Tu ne veux donc pas que je te regrette ?

Ils s’embrassèrent sans élan comme on s’acquitte d’une corvée.

Constantin resta sur le quai à voir partir le lourd convoi. Il se sentait oppressé ; il avait besoin de calme.

— Encore un chapitre de ma vie qui se termine, dit-il, et non le moins intéressant. Mais il était temps…