Et, sans demander qui était à l’appareil, une voix mâle à l’autre extrémité de la ligne cria joyeusement :

— Je suis arrivé… Enfin ! Je t’attends sans une minute de retard. Prends le cheval le plus rapide et donne un pourboire royal.

Elle raccrocha le récepteur, courut à sa glace, arrangea ses cheveux et allait sortir de l’appartement quand elle se ravisa. Elle rentra dans la chambre, se précipita à son bureau, ouvrit un tiroir, se mit à chercher dans le désordre des papiers qui l’emplissaient une feuille sale, la plia, la glissa dans son réticule et se sauva.

Un quart d’heure plus tard, elle frappait à la porte de Constantin. Elle avait préparé en chemin une phrase assez méchante, mais lorsqu’elle vit devant elle « le Grand Prince » qui lui tendait les bras, sa langue la trahit et elle fut étonnée de s’entendre prononcer les mots que voici :

— Eh bien, monsieur, vous vous faites attendre !

Ils dînèrent tout près l’un de l’autre, chez Constantin. A peine eut-il le temps de la mettre au courant de ses affaires. Ariane ne l’écoutait pas. Elle était toute à la joie de se raconter et de décrire la vie splendide qu’elle avait menée durant l’été dans son royaume du Sud. Elle en fit passer les éblouissements successifs devant les yeux du Grand Prince. Dès qu’ils eurent fini de manger, elle fut étonnée de voir Constantin se préparer à sortir et la prier de s’habiller.

— Nous allons chez toi, dit-il.

— Tu ne peux pas venir chez moi et tu n’y viendras jamais. Qu’y veux-tu faire ?

— Petite sotte, dit Constantin, ne sais-tu pas que je te garde cette nuit ? Mais à l’hôtel, avec les bienheureuses règles de police, il faut déposer ton passeport. Allons donc le chercher.

Ariane eut un instant d’embarras.