— Excusez-moi un instant.
Elle poussa la porte et pénétra dans le bureau. Il la suivit. Rapide, elle écrivit l’adresse de Constantin Michel à New-York et, sous l’adresse, un seul mot :
Hourrah.
Elle ne signa pas, jeta le télégramme au guichet avec de l’argent et s’enfuit comme si elle était poursuivie.
§ X. Reprise
Dès les premiers jours de septembre, Ariane était rentrée à Moscou. Elle avait renoncé à habiter avec son oncle et sa tante. Elle logeait chez une brave femme qui, dans un appartement moderne, lui louait une chambre bien meublée où elle pouvait recevoir ses amis et organiser ces réunions de jeunes gens et de jeunes filles dont les étudiants des deux sexes sont si friands en Russie. On s’y livre aux délices d’éperdues discussions idéologiques qui se prolongent fort avant dans la nuit ; on y échange autant d’idées que l’on y boit de verres de thé. La finesse et l’absolu s’y mêlent de la façon la plus paradoxale ; et le dogmatisme y est d’autant plus affirmatif que l’expérience de la vie en est absente. Et cependant les étudiants courtisent les jeunes filles, comme cela se passe entre jeunes gens en tous pays et sous toutes latitudes.
Ariane n’avait pas eu d’autres nouvelles de Constantin Michel. Lorsqu’elle se fut pourvue d’un logement, elle laissa son adresse et son numéro de téléphone dans une lettre déposée au nom de Constantin à l’hôtel où il descendait. Mais les semaines avaient passé. Dans un jour de dépit, elle avait essayé de reprendre sa lettre. Le portier avait refusé de remettre à cette inconnue la correspondance d’un client notoire.
« J’en serai quitte, pensait-elle, s’il arrive, pour faire répondre que je suis absente. »
En cette fin d’après-midi, elle était seule à la maison lorsque la sonnerie du téléphone se fit entendre. Elle eut le pressentiment que « le Grand Prince » comme elle l’appelait à la mode d’Olga Dimitrievna était à l’autre bout du fil. Elle pâlit et décida de ne pas répondre. Mais ses jambes d’elles-mêmes la portèrent au téléphone. Elle décrocha le cornet et dit d’une voix nette :
— Allo.