Ils sortirent. La nuit était froide ; il gelait fortement. Ils montèrent dans un traîneau et, abrités derrière l’énorme cocher à la touloupe rembourrée, prirent à grande allure la direction de Moscou. Ariane se serrait contre Constantin.

— Je crois que je suis un peu grise, dit-elle. L’an dernier, j’étais en province à ce même jour. Nous avons eu un souper et j’ai bu, comme aujourd’hui, trop de champagne. Mais tu n’étais pas là pour me surveiller…

Les poings de Constantin se crispèrent. Une fois encore, il se sentit possédé d’une maladive envie d’apprendre ce qu’Ariane avait à lui révéler. Il se pencha vers sa maîtresse et lui dit avec douceur :

— Le champagne excuse beaucoup de choses. Si ton histoire est amusante, raconte-la-moi.

— Non, je ne te dirai rien, répondit-elle. Tu ne me comprends pas. Et tu es d’une affreuse sévérité envers moi.

Sans échanger un mot de plus, ils arrivèrent à l’hôtel. Constantin avait, de nouveau, les nerfs à vif.

Tandis qu’ils buvaient du thé, il prit Ariane sur ses genoux. Il commença à la déshabiller, la caressa, plaisantant et riant. Puis revenant à son idée fixe, il dit :

— Confesse-toi, petit monstre. Tu te racontes avec un art incomparable.

— Il y a des moments, dit la jeune fille, où je pense que je suis folle… La folie n’est pas ce qu’on raconte. Un fou est persuadé qu’il y a une logique exacte dans ce qu’il dit et ce qu’il fait. Nous ne connaissons pas les causes cachées qui le poussent. Nous ne voyons que les actes et les déclarons désordonnés ; pourtant ils obéissent, eux aussi, à une logique intime, peut-être plus parfaite, autre en tous les cas, et que nous ne pouvons juger…

— Oh ! la petite philosophe, fit Constantin en badinant. Mais il se sentait semblable à la victime qui attend le coup du sacrificateur.