Une lueur d’espoir. Je comprends que, voyant nos deux casques, mais ne pouvant distinguer dans l’obscurité les traits de nos visages, ils nous prennent pour deux Européens voyageant en Perse. Deux Européens, même sans armes, et trois Persans, la partie peut se jouer.

Aziz qui a eu les mêmes pensées que moi répond hardiment :

— Oui, ce sont deux Farenguis.

— Et où vont-ils ? demande un des cavaliers dont la voix manque tout à fait d’amabilité.

Je mets la main sur celle de ma femme pour lui faire comprendre qu’elle ne bouge ni ne parle et réponds moi-même avec une nonchalance parfaitement jouée :

— Nous venons de Sultanabad et allons à Hamadân.

De nouveau, un colloque à demi-voix entre les trois cavaliers. Notre sort se décide en ce moment.

C’est le dé gagnant pour nous qui tourne. Que s’est-il passé dans l’âme de nos interlocuteurs ? S’ils avaient su qu’il n’y avait qu’un homme accompagné de sa femme, auraient-ils agi autrement ? Si nous avions montré que nous craignions les suites de cette rencontre, notre peur leur aurait-elle donné du courage ? Je ne sais, mais ils nous disent d’une voix brève :

— Vous pouvez continuer votre chemin.

Notre cocher ne se le fait pas dire deux fois et fouette ses bêtes fatiguées. La voiture gémit. Nous descendons une pente raide.