Ils sont si petits — des gosses vraiment mieux faits pour jouer aux billes que pour se marier — que je suis obligé de les mettre debout sur deux chaises pour les photographier. Le grand-père de la mariée, la mère de l’époux se placent à côté d’eux. Ils sont l’un et l’autre de taille au-dessous de la moyenne et pourtant les têtes des enfants hissés sur des chaises les dépassent à peine.
Et voici une autre petite fille vêtue tout comme la mariée. Ah ! celle-là, c’est une poupée, une poupée aux grosses joues, aux yeux innocents. Qu’est-ce qu’elle fait ici dans cette tenue ? Je m’informe.
Elle a huit ans seulement. Elle est déjà fiancée. L’année ne finira pas que sa noce ne soit célébrée.
— Eh ! dis-je au directeur de l’école israélite, vous mariez les enfants comme cela se faisait jadis en Europe dans de grandes familles ou lorsque des intérêts d’État étaient en jeu ? Une fois la cérémonie accomplie suivant les rites de l’Église, la mariée retournait au couvent et le marié chez lui jusqu’au jour où leur âge et les convenances leur permettaient de vivre ensemble, de se joindre et de se reproduire. Ces enfants vont rentrer chacun chez soi, une fois la cérémonie religieuse terminée ?
— Non, non, me répond-il. Il n’en va pas ainsi dans nos communautés juives en Perse. Ces mariages précoces sont, hélas ! des unions véritables.
J’ai un sourire d’incrédulité.
Mais mon homme poursuit :
— C’est un des fléaux que nous combattons ici, sans succès, vous le voyez. La plus solide de nos traditions veut que la famille se perpétue et le devoir d’un père, et son bonheur, est de regarder les enfants et les petits-enfants de ses enfants. Ainsi voit-il Israël triompher dans l’avenir. Alors seulement peut-il mourir en paix, assuré qu’il est d’avoir accompli sa destinée sur la terre. Aussi, dans son impatience, ne peut-il attendre pour marier ses enfants qu’ils soient devenus, non pas des hommes et des femmes, mais même des adolescents, et l’on en arrive à ce que vous avez sous les yeux : une petite fille et un gamin qui sont maintenant mari et femme.
— Mais que va-t-il se passer ? Ce couple ne peut même pas habiter seul.
— La maison où nous sommes appartient à un des hommes riches de notre communauté. Il l’a prêtée pour le mariage, qui est une fête chez nous. Ce soir, les parents du marié regagneront leur demeure et emmèneront les époux. Sur la terre battue, dans le coin d’une des deux pièces qui forment toute leur habitation, sera préparé le lit nuptial…