— Il y a un mariage dans la communauté. Peut-être vous intéressera-t-il d’y assister ? En tout cas, les parents des mariés, qui sont de pauvres colporteurs, seraient heureux et fiers de vous y voir. Ils m’ont chargé de vous inviter.

Nous acceptons cette offre et nous voilà partis à pied, car les rues d’Hamadân sont trop étroites pour qu’on puisse y circuler en voiture. Chemin faisant, le directeur de l’école ajoute quelques paroles qui piquent notre curiosité.

— Les mariés que vous allez voir tout à l’heure sont des enfants.

— Des enfants ? dis-je, alors pourquoi les marier ?

— Attendez, attendez.

Cependant, nous arrivons dans le quartier juif et bientôt nous pénétrons, après avoir suivi un étroit couloir sombre, dans une vaste cour à ciel ouvert. Un magnifique spectacle nous y attend.

La cour, de trois côtés, est entourée par des maisons de briques roses dont les larges baies sans fenêtre forment loggias ; le quatrième côté est une terrasse en terre battue, soutenue par une poutraison assez fragile. La cour, les loggias, la terrasse sont pleins d’une foule bariolée. Les hommes sont sobrement habillés de noir, comme les Persans, longue tunique sans col que serre, à la taille, une ceinture ; sur la tête, la kolah en drap noir que l’on porte avec quelques variations légères de forme dans tout l’empire persan. Les terrasses sont couronnées de femmes éclatantes, fleurs aux chaudes couleurs, dont les vivantes guirlandes se déroulent sous le ciel d’un bleu profond. Elles sont vêtues de mousseline et de gaze. Les tons les plus riches, le bleu, l’orange, le rouge, le vert, le rose laque, s’y associent dans de surprenantes harmonies où scintillent l’or et l’argent dont ces étoffes légères sont brodées. Les femmes — nous sommes en Judée ici — ne sont pas voilées. Il y a là Rachel qui se plaît à s’orner devant son miroir et Lia aux belles mains, Marthe et Marie, Madeleine la pécheresse, Judith et Rébecca, toutes les filles de Sion, — visages ovales, teints mats, nez aquilins, beaux yeux sombres sous de longues arcades sourcilières, fronts purs qu’encadrent les classiques bandeaux noirs. Voilà un tableau fait pour séduire un Delacroix. Elles frappent leurs mains l’une contre l’autre, poussent des you you saccadés et s’interrompent pour regarder les Farenguis que nous sommes et que l’on n’a pas l’habitude de voir déparer de leurs tristes costumes les noces juives d’Hamadân.

Mais où sont les mariés ?

On nous les amène. J’allais dire : on nous les apporte, car ce sont des enfants, de petits enfants.

Le marié, onze ans et trois pieds de haut, a une longue redingote à col droit tombant presque jusqu’aux chevilles, une kolah noire sur son front trop bombé ; la mariée, des pantalons à la persane, une camisole avec capuchon, et par là-dessus un voile, le tout de couleurs vives ; aux poignets des bracelets en grosses pierres rondes ; aux doigts des bagues amulettes. Elle n’a que dix ans, mais elle est un peu plus grande que son mari.